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Littérature japonaise

Dimanche 16 décembre 2012 7 16 /12 /Déc /2012 17:56

hexa.jpgQuatrième de couverture

 

Dans les vestiaires d'une piscine, une jeune femme est soudain attirée par une inconnue pourtant banale, effacée et silencieuse. Quelques jours plus tard, elle croise à nouveau l'inconnue qui marche dans la rue accompagnée d'une vieille dame et, fascinée, elle les suit à travers la ville jusqu'à une loge de gardien au milieu d'un parc. A l'intérieur, les deux femmes sont assises sur des chaises, elles semblent attendre leur tour. La plus âgée se lève, entre dans une haute armoire hexagonale : la petite pièce à raconter...

 

Etrange et obsédante, cette courte histoire fait appel à la poésie et à l'imaginaire pour évoquer les mystères de l'introspection, de la confession et de la psychanalyse.

 

Un très court roman (ou longue nouvelle) qui permet d’entrer dans l’univers étrange et envoûtant de Yôko Ogawa. Pas vraiment mon préféré à ce jour, je vous conseillerai plus volontiers « L'Annulaire » ou « Le Musée du silence » mais si vous ne connaissez pas encore la plume de l’auteur et l’atmosphère très particulière de ses récits, « La petite pièce hexagonale » peut être une bonne mise en bouche avant de poursuivre avec d’autres romans plus percutants et plus dérangeants de la romancière.

 

Autres romans chroniqués sur ce blog :

 

annulaire.jpg images

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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 17:06

images.jpgUn jeune muséographe débarque dans un village éloigné à la demande d’une vieille femme acariâtre qui aimerait lui confier le soin de recenser et de mettre en scène une collection d’objets volés insolites : chaque objet représente un villageois décédé censé le définir au mieux, ultime vestige d’une intimité anonyme dont il ne resterait rien sans cette soustraction quelques heures après la mort de leur propriétaire, à l’insu de leur famille.

 

Un roman lent au charme étrange et envoûtant, une atmosphère inquiétante et oppressante d’un curieux village qui semble être coupé du monde et dont on ne revient jamais, des processions originales comme la fête des pleurs supposé repousser le plus longtemps possible les effets d’un hiver triste et froid, des prédicateurs du silence qui recueillent les confessions des villageois, une bombe qui éclate et des meurtres en série qui contrastent avec la tranquillité apparente de l’endroit.

 

Le devoir de mémoire et la volonté de garder une empreinte du temps qui passe, l’importance de la transmission et de la continuité, la solitude et le silence qui nous entourent, la manipulation et l'incommunicabilité des êtres, les obsessions qui conduisent au fétichisme morbide.

 

 

Un roman idéal pour découvrir l’univers singulier et méphitique de Yôko Ogawa.

 

Quelques extraits choisis :

 

Comme objet personnel, l'homme n'avait laissé qu'un sac de toile tenant dans une main, accroché à sa taille lorsqu'il était venu s'écrouler dans le monastère.  Coupé dans une grossière toile de chanvre et fermé par une ficelle.  Je l'ouvris, étalai son contenu sur la table.

Un peigne, une cuiller, un hameçon et une bille.  C'était tout.  Soin, nourriture, travail, souvenir.  Le plus petit  musée qui personnifie l'homme.

 

 

- Tu as peur de ne plus pouvoir parler avec lui ?

- Je ne sais pas.  C'est que je n'ai aucune idée du silence qui va en sortir.

 

silence.jpg

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Samedi 1 janvier 2011 6 01 /01 /Jan /2011 13:50

ausuddelafrontierealouestdusoleil.jpg

Abandonnant l’espoir d’être un jour quelqu’un de spécial, je devins un être ordinaire. 

 

Un homme ordinaire qui a réussi sa vie familiale et professionnelle, qui se rend régulièrement à la piscine et qui conduit une BMW en semaine et une Cherokee le week-end. Mais tout le monde sait bien qu’une vie trop confortable peut vite sembler creuse et monotone.

 

En voyant mes filles grandir peu à peu, je me rendais compte que je vieillissais. Indépendamment de ce qui occupait mes pensées, les filles grandissaient. Je les aimais, bien sûr. Les voir pousser était un grand bonheur pour moi. Mais, par moment, en constatant leur changement si rapide, de mois en mois, je me sentais oppressé. C’était comme si un arbre poussait à l’intérieur de moi, étendait ses branches, ses racines, s’enfonçait dans ma peau, mes os, ma chair et mes entrailles pour assurer sa propre croissance, et se faire une place de force. Parfois, cette pensée m’accablait tellement que j’en avais des insomnies. 

 

La réapparition de son premier amour d’enfance, la très belle et mystérieuse Shimamoto-san, bousculera cette vie si bien rangée. Et ce n’est pas l’amour de/pour son épouse qui l’empêchera de succomber au charme de ce premier amour qui contenait aussi les premiers germes de ses fantasmes sexuels encore balbutiants à l'époque.


Je ne savais pas que parfois un être humain peut en blesser un autre, par le seul fait d’exister et d’être lui-même. 

 

hma1.jpg

Extrait du film Hiroshima mon amour de Resnais

 

Nous ne pouvons pas revenir en arrière, mais n’est-il jamais trop tard pour combler nos manques, assouvir nos idéaux d’autrefois et nos chimères d’adolescents ?

Et si l’heure des bilans avait sonné ?

 

Haruki Murakami nous parle tout simplement du temps qui passe, des empreintes du passé, de nos désillusions mais aussi de nos ajustements et de nos accommodements. Et si nos manques nous définissaient autant que nos succès ? Leurs assouvissements sont-ils si nécessaires ? Surtout lorsqu’ils se font au détriment des êtres chers ? Mais à qui faut-il être fidèle ? A sa famille ou à soi-même ? Et si les deux se confondaient ?

 

Quand je fais souffrir quelqu’un, je me fais souffrir moi-même.

 

Lorsque le passé se confronte au présent…

 

Haruki Murakami nous invite à une jolie balade introspective où la passion et la raison se disputent une réalité imparfaite et par cela, toujours vulnérable.

 

Il me semble que j’ai toujours essayé d’être quelqu’un d’autre. Il me semble que j’ai toujours voulu aller vers des gens et des lieux nouveaux et différents, pour m’inventer une vie nouvelle, devenir un être au caractère différent.

 

Mais pour finir, je ne suis arrivé nulle part. Je suis demeuré moi-même. Mes défauts restaient irrémédiablement les mêmes. Les paysages avaient beau changer, les échos, les voix différer autour de moi, je n’étais toujours rien d’autre qu’un être humain imparfait. J’avais les mêmes manques en moi, qui suscitaient une violente avidité d’autre chose. Une soif et une faim insatiables me torturaient, comme certainement, elles continueront de le faire. Parce que, en un sens, ces manques font partie de moi-même. Je le sais maintenant.

 

Un roman tout en finesse, charmant, torride et languissant à la fois.

 

Tout s'est trop bien déroulé jusqu'ici, nous étions sans doute trop heureux. Tu ne crois pas ?

 

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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 21:10

Hirano.jpg

« Longtemps, je suis resté immobile, tapi dans un coin de ma chambre. Cela doit faire environ deux semaines que je m'y suis enfermé. Mon reflet dans le miroir montre un visage aux joues et au menton envahis par une barbe hirsute. Avant, comme je prêtais toujours une grande attention à mon apparence, je prenais soin de ma coiffure et m'épilais méticuleusement les sourcils. Maintenant, mes arcades sourcilières sont à l'abandon, comme une maison délabrée dans un champ en broussaille, et j'ai beau relever les mèches, ternies par la saleté, de mes cheveux que je ne lave plus depuis des jours, elles retombent chaque fois en désordre sur mes yeux. »


C’est ainsi que débutent les confessions d’un jeune cadre japonais qui décide un beau jour de ne plus se rendre au travail, rompant toutes relations sociales, professionnelles et familiales en restant cloîtrer dans sa chambre, n’en sortant plus que pour satisfaire ses besoins corporels. Reclus dans sa chambre et coupé du monde, il attend le jour tant espéré où il verrait sa véritable identité se révéler enfin, débarrassée de ces rôles sociaux auxquels il s’est conformé toute sa vie pour accéder à sa véritable nature, ce qu’il appelle l’ultime métamorphose. S'identifiant au héros de « La métamorphose » de Kafka, ce repli sur soi est également l’occasion de jeter des ponts entre son vécu et celui de Gregor Samsa…

Quel étrange récit que celui-ci ! J’ai aimé suivre le narrateur dans son analyse de l’œuvre de Kafka, apportant des éclairages intéressants sur les circonstances qui ont mené à la métamorphose de jeune héros Gregor Samsa imaginé par Kafka, circonstances que reflètent les peurs et le propre vécu du narrateur.

J’ai apprécié également l’étude sociologique du Japon d’aujourd’hui, ce Japon en récession qui voit ses jeunes cadres dynamiques en pleine crise identitaire, victimes des pressions sociales quotidiennes et fatigués de porter des masques factices sous lesquels ils finissent par étouffer.

« Je crois que les êtres humains sont rattachés à la société par toutes sortes de ficelles issues de différentes directions. Si jamais ces ficelles, tendues à se rompre, en viennent à lâcher pour de bon, elles s'éloignent à une folle vitesse et disparaissent de notre vue en un clin d'oeil. J'ai essayé de m'imaginer en train de chercher les bouts de toutes ces ficelles pour les rattacher à moi de nouveau. J'en ai ressenti un si violent vertige que j'ai failli m'effondrer sur place. »

Je découvre également que les japonais utilisent des vocables distinctifs – un ‘otaku’ ou un ‘hikikomori’ - pour désigner le jeune adulte qui recoure à la réclusion volontaire pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, déçu de ne pas pouvoir mener à bien ses objectifs dans la vie et réagissant en s’isolant complètement de la société. Un phénomène social et psychologique de masse impressionnant puisqu’il concernerait près d’un million de jeunes au Japon, soit un jeune sur dix !

« Je comprenais bien l'état d'esprit de ceux de mes camarades qu'on appelait otaku. Ils fermaient les yeux devant l'extravagante immensité du monde, traçaient des frontières sur une certaine périphérie, fixées par eux-mêmes, considéraient cela comme les limites du monde et s'enfermaient à l'intérieur. »

Dire que j’ai pris du plaisir à lire ce récit serait toutefois mentir. Les propos sont démonstratifs et souvent redondants, l’écriture ne m'a pas enchantée plus que cela, l'ensemble est très sombre et la lassitude guettait plus d’une fois. Reste un roman instructif et original, qui dénote complètement des auteurs japonais que je lis habituellement.

La dernière métamorphose de Keiichirô Hirano, traduit du japonais par Corinne Atlan, Editions Philippe Picquier, ISBN 2877309398, 04/2007, 167 pages

Quelques notes sur l'auteur : Keiichirô Hirano a reçu le prix Akutagawa (l'équivalent du prix Goncourt en France) pour son roman "L’Eclipse". Ses influences littéraires sont du côté de Mishima et de Mircea Eliade. La dernière Métamorphose est son troisième roman traduit en français.


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Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 18:34

La narratrice, dont nous ne connaîtrons jamais l’identité, travaille depuis bientôt un an comme assistante et réceptionniste auprès de M. Deshimaru, directeur d'un laboratoire de spécimens. M. Deshimaru est un taxidermiste d’un genre un peu particulier à la clientèle tout aussi particulière : il recueille, analyse et enferme à jamais les blessures et les souvenirs des personnes qui désirent se détacher de ces vestiges en les laissant à demeure au laboratoire.

C’est un léger incident qui se trouve être à l’origine ce nouvel emploi : elle travaillait auparavant dans une usine de fabrication de boissons rafraîchissantes jusqu’au jour où elle se coinça le doigt entre la cuve pleine et la chaîne.

« Heureusement, la blessure n’était pas grave. Je m’étais juste arraché un morceau de chair à l’extrémité de l’annulaire de la main gauche. Mais il se peut que cela ait été plus grave que je le pensais. J’avais quand même perdu une partie de mon corps. Pour autant, je n’étais pas blessée au point de provoquer de l’inquiétude dans mon entourage.»

L’image obsédante de « ce petit bivalve rose comme une fleur de cerisier, souple comme un fruit mûre », tombant au ralenti dans la limonade et restant au fond tremblotant avec les bulles, la rend désormais incapable de boire la moindre boisson gazeuse. Elle décide donc de quitter l’usine et de s’éloigner pour la première fois de ce village au bord de mer. Pour aller où ? En ville, seule, sans famille ni amis, incapable de faire quoi que ce soit d’autre que de déambuler dans les rues sans aucun but précis. C’est dans ces circonstances que ses pas la mèneront devant une annonce de recrutement collée sur le pilier en brique de l’entrée d’une vaste construction.

« Quand je l’ai découvert, j’ai pensé qu’il s’agissait d’un immeuble qui attendait la démolition. C'est-à-dire à quel point il semblait vétuste et abandonné. »

Il s’agit en fait d’un ancien foyer pour jeunes filles, un important bâtiment construit en béton défraîchi à trois étages, comportant un nombre incalculable de pièces. L’annonce est rédigée très simplement : recherche une employée de bureau, expérience et âge indifférents.

C’est en pénétrant dans ce qui est devenu un laboratoire décrépit en apparence mais d’assez bonne tenue à l’intérieur qu’elle rencontrera son futur employeur, M. Deshimaru. Devenue son assistance, elle ne tardera pas à tomber sous le charme de cet homme étrange et quelque peu vénéneux…

« L’annulaire » est mon premier roman de Yôko Ogawa. Je pense sans me tromper que c’est une très bonne pioche pour faire connaissance de son œuvre, tellement j’ai eu le sentiment d’approcher quelques-unes des obsessions essentielles de l’auteure : personnages insolites, temps et lieux incertains, contours flous, lieux clos, relations malsaines, désirs troubles, fétichisme, raffinements pervers et opacité des événements. Un style qui peut éblouir mais aussi désarçonner le lecteur.

Une très agréable découverte qui laisse néanmoins présager le meilleur comme le pire, ce genre de littérature étant tellement sur le fil du morbide et du pernicieux qu’il peut facilement tomber dans certains écueils un peu nauséeux. Quoi qu’il en soit, « L’annulaire » m’a sans aucun doute donnée envie d’aller voir plus loin !

Notons également que ce très court roman (ou longue nouvelle) a reçu les plus grandes récompenses japonaises. Le film "L’Annulaire" de Diane Bertrand est l’adaptation du roman.

D’autres avis : Biblioblog, Bibliotheca et Chatperlipopette

L'annulaire de Yôko Ogawa, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle, Editions Actes Sud, Collection Babel, ISBN 2742756280, 06/2005, 94 pages

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Vendredi 28 mars 2008 5 28 /03 /Mars /2008 14:23

KafkaSurLeRivage.jpg Quatrième de couverture

Kafka Tamura, quinze ans, s'enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. De l'autre côté de l'archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s'entremêlent pour devenir le miroir l'une de l'autre tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d'un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échappés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel. Conte initiatique du XXIe siècle, Kafka sur le rivage nous plonge dans une odyssée moderne et onirique au cœur du Japon contemporain.

De Haruki Murakami, j'ai lu et apprécié le recueil de nouvelles Après le tremblement de terre et les romans Kafka sur le rivage et Le passage de la nuit. Mais j'ai un grand problème avec Haruki Murakami : je suis incapable de faire un résumé et j'ai bien du mal à exprimer ce qui m'a plu dans ma lecture.
Mon commentaire qui suit est donc valable pour tout ce que j'ai lu de cet auteur jusqu'à présent.

Lire Haruki Murakami me procure avant tout des sensations et des émotions. J'aime beaucoup par exemple sa façon de mettre en place deux mondes parallèles à la frontière poreuse et floue, j'aime me laisser imprégner par son univers sans trop vouloir me poser de questions et décortiquer le comment du pourquoi, un peu comme si je me laissais bercer par ses mots en laissant toute rationalité de côté. C'est assez étrange comme sensation mais ce que je vis en lisant Haruki Murakami peut se rapprocher à une sorte de bien-être lié au lâcher prise que me procure la lecture de ses romans. Je sais qu'il touche à de nombreux thèmes et qu'il y a beaucoup de résonances dans les faits en apparence légers qu'il nous expose mais je survole tout cela avec une sorte de légèreté et une certaine insouciance, et c'est bien agréable à vivre ces moments là.

Editions 10/18, Collection Domaine étranger, ISBN 226404473X, 06/2007, 637 pages

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Vendredi 28 mars 2008 5 28 /03 /Mars /2008 13:24

PaysDeNeige.jpg Quatrième de couverture

 

A trois reprises, Shimamura se retire dans une petite station thermale, au cœur des montagnes, pour y vivre un amour fou en même temps qu'une purification.
Chaque image a un sens, l'empire des signes se révèle à la fois net et suggéré. Le spectacle des bois d'érable à l'approche de l'automne désigne à l'homme sa propre fragilité.

" Le rideau des montagnes, à l'arrière-plan, déployait déjà les riches teintes de l'automne sous le soleil couchant, ses rousseurs et ses rouilles, devant lesquelles, pour Shimamura, cette unique touche d'un vert timide, paradoxalement, prenait la teinte même de la mort. "

 

Kawabata Yasunari, le plus grand écrivain japonais contemporain, a obtenu le Prix Nobel de littérature, en 1968.

 

J'ai eu beaucoup de mal à poursuivre ma lecture de ce roman.

 

Nous retrouvons l'écriture poétique de Kawabata et son univers faits essentiellement de non-dits mais je suis restée sur les quais pendant tout le récit.

 

Cette lecture me devenait de plus en plus pénible au fur et à mesure où je me rendais compte qu'une espèce de barrière infranchissable  me séparant des personnages s'accentuait au fil des pages : aucune empathie ni projection possible, un peu comme si cette histoire se passait en vase clos et que je n'avais franchement rien à y faire. Très étrange comme sensation. Je reste donc sur ma faim mais je compte bien lire prochainement un troisième roman de Kawabata, auteur qui m'interpelle et ne me laisse pas indifférente.

 

Editions LGF - Livre de Poche, ISBN 2253030732, 11/1982, 190 pages

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Vendredi 28 mars 2008 5 28 /03 /Mars /2008 11:04

NueeDoiseauxBlancs.jpg Nuée d'oiseux blancs est un récit au style épuré où les émotions et les sentiments se découvrent essentiellement au détour d'une suggestion ou d'une métaphore faisant allusion à la cérémonie ancestrale du thé.

Nous sommes en présence de Kikuji, jeune homme d'une vingtaine d'années vivant seul dans la maison de ses parents aujourd'hui disparus.

Il est cordialement invité à une cérémonie du thé donnée par Mademoiselle Kurimoto, professeur de thé mais également ancienne maîtresse éphémère de son père aujourd'hui décédé. Enfant, accompagnant son père à son domicile, il l'avait surprise le sein dénudé et avait été frappé par les marques de naissance couvrants son sein gauche. Pris de dégoût mais également de fascination pour ces taches violacées et noirâtres, Kikuji ne peut s'empêcher de repenser à ce jour chaque fois qu'il revoit Mademoiselle Kurimoto.

Il n'apprécie pas beaucoup cette femme pleine de fiels et de méchancetés, à l'image de ses taches sombres qui l'obsèdent encore, mais il ne peut refuser son invitation, d'autant plus que Mademoiselle Kurimoto s'est mise en tête de lui présenter une de ses élèves dans l'intention de le marier à cette jeune femme.

Au grand dépit de Mademoiselle Kurimoto , deux femmes, initialement non invitées à la cérémonie mais que la convenance oblige à recevoir, se présentent également à la cérémonie.

Il s'agit de Madame Ota, elle aussi ancienne maîtresse du défunt père de Kikuji, accompagnée de sa fille qui fut conçue lors de cette union qui fut tout sauf éphémère, et donc demi-sœur de Kikuji.

Kikuji tombe sous le charme de l'ancienne maîtresse de son père et Madame Ota tombe sous le charme de celui qui lui rappelle tant son défunt amant tant aimé. S'en suivra une relation charnelle pétrie de sensualité mais également de culpabilité de part et d'autre.
De même, Kikuji n'est pas insensible à la fille de Madame Ota, sa propre demi-sœur, qui lui rappelle à son tour la tendre et affectueuse Madame Ota.

La confusion des sentiments et des identités, les effets de miroir, l'amour emprunt de culpabilités et de péchés, la beauté et la laideur, le clair et le sombre, la place occupée par les défunts dans le cours de la vie, la question de la transmission, la nécessité de se libérer des traditions et des héritages, les marques et les empreintes, autant de thèmes que nous rencontrons tout au long du récit par l'intermédiaire de la cérémonie ancestrale du thé.

Destin bizarre que celui de cet objet ! Mais à tout prendre, ne connaissait-il pas aussi le sort des toutes les pièces d'art attachées au rite du thé ?

Avant même que Mme Ota l'eût en sa possession, tout au long des trois ou quatre siècles passés depuis le jour où ce mizusashi était sorti du four, transmis de mains en mains et de génération en génération, quelle histoire fantastique n'était pas la sienne, avec la vie et les secrets de chacun des ses possesseurs successifs.

Remarques :

 

* Ce récit est inachevé, puisqu'il comporte une suite qui sera elle-même inachevée suite au vol dans une auberge des notes manuscrites préparatoires de l'auteur.
* L'édition 10/18 est aujourd'hui épuisée. Mais il vient d'être récemment réédité aux Editions Sillage, ISBN 2916266445, 04/2009, 192 pages





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