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Autres littératures étrangères

Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 11:33

Le_bon_hiver_large.gifQuatrième de couverture

 

Attiré à Budapest par la perspective d'un modeste défraiement, un jeune écrivain portugais misanthrope et hypocondriaque rencontre un confrère italien extraverti et désinvolte, qui ne tarde pas à le convaincre de le suivre à Sabaudia, sur les terres de Pasolini et de Moravia. Ils se joignent à une faune hétéroclite d'artistes marginaux en provenance des quatre coins du monde, conviés dans une fastueuse résidence nichée au coeur de l'Agro pontino par le producteur lion Metzger. L'extravagant mécène cultive une autre lubie : faire voler des montgolfières vides, façonnées comme des oeuvres d'art par Bosco, un ancien mercenaire catalan. Au lendemain d'une mémorable bacchanale, on découvre le corps de l'amphitryon flottant sur le lac de la propriété. Le meurtre est manifeste, et Bosco se charge d'enquêter pour venger la mort de son protecteur. Il séquestre dans cette cage dorée des invités qui, soudainement livrés à leurs fragilités les plus intimes, se transforment en protagonistes d'un huis clos qui tourne au pugilat, davantage victimes d'eux-mêmes que de leur cerbère, en quête d'une vérité qui n'est pas la solution de l'énigme. Ce thriller asphyxiant distille l'atmosphère crépusculaire qui caractérise l'univers de Joao Tordo. Des lieux clos, le mal en dedans, des êtres vacillants sur une corde raide, loin de leurs repères affectifs et géographiques, attirés toujours par l'abîme.

 

Un roman très plaisant à lire mais qui n’arrive pas, dans sa deuxième partie, à rendre l’ambiance asphyxiante et angoissante annoncée par la quatrième de couverture. Pourtant tout est mis en place pour la générer mais l’auteur n’arrive pas vraiment à insuffler un climat digne de ce nom censé nous prendre aux tripes. Dommage car ce sera mon seul bémol mais de taille tout de même. Sinon la galerie de personnages est intéressante (bravo pour le clin d’œil au Dr House – le narrateur s’identifiant à ce personnage télévisuel) et le roman se lit d’une traite, alliant humour, cynisme et introspection avec un certain talent.

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Lundi 11 février 2013 1 11 /02 /Fév /2013 17:21

Equador.gifQuatrième de couverture

 

Luis Bernardo Valença, un brillant mondain lisbonnais, est convoqué par le roi Don Carlos. Ce dernier, sous la pression des Britanniques le charge de mettre fin au travail forcé dans les plantations de cacao de Sao Tomé et Principe. Lourde tâche pour un dandy accoutumé à boire du champagne dans les escarpins des dames! Dans l' archipel du golfe de Guinée, les colons l' attendent de pied ferme...

 

En voilà un très bon roman !

 

Non seulement il fait la part belle à l’histoire, l’économie politique et l’héritage colonial mais il soulève aussi la question de l’esclavagisme tout en passant par les affres de la passion dévorante. Un récit qui a demandé beaucoup de documentation à son auteur sans pour autant que cela nuise à l’aspect romanesque du récit : les personnages ont une réelle épaisseur et l’écriture est vraiment très soignée. Une histoire qui prend toute son ampleur dans les dernières pages, donnant une tonalité extrêmement tragique si pas fatale à l’ensemble.

 

Mon seul regret : c’est le seul roman à ce jour traduit en français de Miguel Sousa Tavares (écrivain, avocat, journaliste et chroniqueur politique portugais), quelle déception.

 

 

Miguel Sousa Tavares est originaire de Porto. Il a exercé la profession d'avocat avant de se consacrer définitivement au journalisme. Il est aujourd'hui un des journalistes les plus connus de la télévision et de la presse écrite. Lauréat de nombreux prix parmi lesquels le Prix national du reportage pour un film de 52 minutes sur l'histoire de la colonisation de l'Amazonie et le prix du Festival de cinéma et de télévision de Rio de Janeiro, il a écrit plusieurs livres - documents, chroniques politiques, contes pour enfants. Equador est son premier roman. Source : http://www.seuil.com/

 

 

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Mercredi 6 février 2013 3 06 /02 /Fév /2013 10:48

leon-louise.jpgQuatrième de couverture

 

Léon et Louise n’ont pas vingt ans lorsqu’ils se rencontrent dans un petit village français vers la fin de la Première Guerre mondiale. Connus, reconnus, perdus de vue, séparés par les hasards de l’Histoire et les vents contraires du destin, les deux jeunes gens ne s’oublieront jamais.

 

En explorant la vie secrète de son propre grand-père sur plus de quarante ans, Alex Capus signe le roman d’un amour plus fort que le tourbillon de la vie, une irrésistible épopée intime et ample qui a déjà séduit plus de 200 000 lecteurs outre-Rhin.

 

Une écriture limpide qui coule de source pour une histoire d’amour à l’épreuve du temps.

 

Léon est marié et père de famille lorsqu’il retrouve par hasard Louise, son premier et grand amour, laissée pour morte depuis une dizaine d’années après une attaque aérienne à la fin de la première guère mondiale. Pas question pour autant de ne pas honorer ses engagements à l’encontre de son épouse et de ses enfants. Pas question non plus d’oublier Louise, la seule femme dont il est réellement épris.

 

Un récit qui se déroule sur plusieurs périodes historiques (la Normandie pendant la Première Guerre mondiale, Paris sous l'Occupation pendant Seconde Guère mondiale, la récession, la libération), très bien rendues sous forme d’anecdotes personnelles d’un fonctionnaire du département scientifique de la Police française (Léon) et d’une employée de la Banque de France (Louise, qui fuira l’occupation allemande en assurant son service jusqu’au bout, se sauvant vers le Sénégal avec ses supérieurs hiérarchiques dans une surprenante opération de sauvetage de l'or de la République).

 

Lorsque l’amour est plus fort que tout sans pour autant faire des ravages autour de soi. Un beau roman sur la persistance des sentiments, le temps qui passe, les petits et grands arrangements avec la vie et le respect sous toutes ces formes. Une belle histoire comme on les aime, pleine de tact, de délicatesse, d’affection, de considération et de loyauté que je vous conseille vivement.

 

Citation :

 

Il avait acquis une certaine expérience de la vie et il savait, au bout de cinq années de mariage, que l'âme d'une femme est mystérieusement reliée au déplacement des constellations, au mouvement des marées et aux cycles de son corps de femme, peut-être bien aussi aux coulées souterraines de lave, aux trajectoires des oiseaux migrateurs et aux horaires de chemins de fer français, ou même, qui sait, aux quotas d'exploitation des champs de pétrole de Bakou, aux fréquences cardiaques des colibris des rives de l'Amazone et au chant des cachalots sous la banquise de l'Antarctique.

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Dimanche 2 octobre 2011 7 02 /10 /Oct /2011 12:11

voyage-de-l-elephant.jpgQuatrième de couverture

 

Salomon, le magnifique éléphant d'Asie, vit depuis deux ans à Belém. Le roi Joao III décide de l'offrir à l'archiduc Maximilien d'Autriche. De Lisbonne à Vienne, en passant par les plateaux de la Castille, la Méditerranée, Gênes et la route des Alpes, Salomon traverse ainsi l'Europe, au gré des caprices royaux et des querelles militaires, soulevant sur son passage l'enthousiasme des villageois émerveillés.

 

Je connaissais déjà l’écriture particulière de José Saramago après avoir lu Les intermittences de la mort.  Et curieusement, autant je m’y étais rapidement habituée à ma première lecture, autant j’ai peiné à celle-ci. Marre de faire des efforts pour suivre le récit, marre de revenir en arrière après m’être rendue compte que j’avais lu à vide les phrases qui semblaient n'en plus finir. Le voyage me semblait long et fastidieux, d’où mon abandon. Puis ce sentiment d’artifices dans l’écriture me gênait de plus en plus. Mais je reviendrais tout de même vers lui, histoire de trancher définitivement la question, à savoir j’aime ou je n’aime pas cet auteur. Reste l’ironie, l’impertinence et l’érudition joyeuse deJosé Saramago. Mais comme tout me semblait si dense, si condensé et si étouffant à la longue grrr

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Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 12:10

curiste.jpgLa paresse est mère de la psychologie – Nietzsche

 

Le charme de la station thermale, la tiédeur des bains et l’odeur des eaux sulfureuses de Baden-Baden permettent aux malades de soulager les uns une sciatique, les autres la goutte ou encore certains rhumatismes.

 

Hermann Hesse ne fait pas exception à la règle, mais il ne lui échappe pas que cette première cure à Baden-Baden constitue aussi un merveilleux observatoire pour analyser, disséquer et commenter le monde qui l’entoure ainsi que tous les petits faits et gestes des uns et des autres.

 

Hermann Hesse manie l’ironie et le sens de la description avec beaucoup d’adresse, on ne s’ennuie pas une seconde tant la succession des mises en tableaux se suivent et ne se ressemblent pas, la tragédie côtoyant souvent le comique des situations. Hermann Hesse élargit évidemment son horizon et n’hésite par à philosopher en portant son regard d’entomologiste vers une pensée plus universelle de la nature humaine.

 

A noter que Hermann Hesse gardera un excellent souvenir de ce court récit, à tel point qu'il n’hésitera pas à le considérer comme l’un de ses meilleurs livres. Un premier pas en ce qui me concerne dans l’œuvre de cet auteur, qui m’a forcément donnée envie d’aller plus loin.

 

Hermann Hesse est un romancier, poète, peintre et essayiste allemand. Il a obtenu le prix Goethe, le prix Bauernfeld et le Prix Nobel de littérature.

 

Thomas Mann dira de lui: « Dans cette génération littéraire qui a débuté avec moi, Hesse est celui qui m'est le plus proche et le plus cher. Il y a des écrits de lui et notamment Le curiste, que je lis et ressent comme "faisant partie de moi-même".».

 

Le curiste et Souvenirs d’une cure à Baden, Edition Calmann-Lévy, Collection Petite bibliothèque européenne du XXe siècle, 10 janvier 1996, 219 pages

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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /Oct /2009 11:22

Elif Shafak nous parle de la maternité dans ce récit autobiographique dans lequel l’auteur s’interroge quant à la possibilité de pouvoir combiner maternité et écriture, en évoquant le choix de vie de quelques grandes dames de la littérature telles que Virginia Woolf, Simone de Beauvoir, George Sand, Doris Lessing, Ursula K. Le Guin, Zelda Sayre Fitzgerald et d’autres poètes ou romancières turques moins connues sous nos latitudes. Un constat s’impose, il n’y a pas de réponse toute faite à cette question ni de lignes directrices majeures mais une multitude d’aménagements et d’accommodements divers, propre à chaque femme.

« Une règle est restée inchangée jusqu’à nos jours : les écrivains masculins sont avant tout perçus comme des écrivains, ensuite comme des hommes. Quant aux femmes écrivains, elles sont d’abord femmes, puis écrivains. »

La question de l’écriture et de la maternité sera également exploitée de manière originale et humoristique par le biais des ‘petites voix intérieures’ de l’auteur, chaque voix représentant une facette de sa personnalité et s’exprimant par l’intermédiaire d’une petite créature têtue et indocile : six avatars répondant aux doux noms de Miss Cynique lntello, Miss Ego Ambition, Miss Intelligence Pratique, Darne Derviche, Maman Gâteau et Miss Satin Volupté. Six dames qui tenteront, chacune à leur tour, de s’imposer aux autres avec tous les dégâts que cela occasionnera, notamment lors de l’épisode dans lequel Miss Cynique lntello et Miss Ego Ambition s’allieront pour fomenter un putsch afin de prendre la direction du Chœur des voix intérieures.

Mais l’amour en décidera autrement et un an et demi après son mariage, Elif Shafak se retrouve enceinte. Le récit prend à ce moment là la forme d’un journal de grossesse dans lequel l’auteur revient, semaine après semaine, sur son état mais aussi ses angoisses, pensées, peurs et appréhensions diverses, certaines expériences se révélant très ‘couleurs locales’ :

« 38e semaine

Cette semaine, j’ai compris et dû admettre que le corps d’une femme enceinte ne lui appartient pas en propre mais appartient à la société. A toutes les femmes de la société, plus exactement. Chaque fois que je sors dans la rue, il faut toujours que de parfaites inconnues viennent me toucher mon ventre. J’ai beau vouloir m’esquiver, leurs mains tâtent et tapotent mon bidon.

[…] Dans la rue, dans le minibus, dans les ferrys, dans les cafés, je vois sans cesse des femmes venir vers moi, me poser des questions et y aller de leurs commentaires. Elles me font part de leurs propres expériences et de ce qu’elles ont entendu dire. Si par hasard l’une d’elles mange quelque chose à côté de moi, elle m’en offre aussitôt la moitié. J’ai beau refuser, rien n’y fait, elles insistent. Si bien que, toute la journée, je me promène en mangeant la moitié des sandwichs, des pâtisseries et des kokoreç des autres. Le fait que nous ne nous recroiserons probablement plus jamais n’a aucune espèce d’importance. En présence de la grossesse, il n’y a plus de formalités. Ni formalités ni intimité.»

Après l’accouchement, Elif Shafak connaîtra une longue dépression, plus connue sous le nom dépression postnatale ou dépression post-partum :

« L’après-accouchement est une mer si vaste que tu ne saurais dire de quel côté se trouve le rivage. Tu te réveilles et te retrouve sur un radeau au beau milieu de l’océan. Le bleu des eaux exerce un tel empire sur ton âme que tu penses ne plus jamais pouvoir rejoindre la civilisation ni jamais redevenir comme avant. »

Cette dépression post-partum sera également abordée de manière très pratique, par le biais d’un test (souffrez-vous de dépression après votre accouchement ? Pour le savoir, répondez à ce test) mais également par celui des différents traitements envisageables.

« Lait noir » de Elif Shafak est un récit très réussi qui traite en profondeur du sujet délicat de la maternité, sans pour autant être dénué d’humour et de légèreté. Une belle découverte en ce qui me concerne, n’ayant jamais lu l’auteur auparavant. Etant toujours très méfiante à l'égard des grands succès populaires, rencontrant rarement mes attentes, je n’ai toujours par lu ses deux romans les plus connus, à savoir « La Bâtarde d'Istanbul » et « Bonbon Palace », deux romans que je me déciderais peut-être à lire finalement, tant ce récit m’a plu.


D’autres avis : Amanda Meyre, Sylvie et Bookomaton


Lait noir de Elif Shafak, traduit par Valérie Gay-Aksoy, Editions Phébus, Collection Littérature Etrangère, ISBN 2752903782, 08/2009, 345 pages

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Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /Mai /2009 12:18

Dans les années 1930, un couple de Japonais s'installe à Batavia et occupe une modeste maison dont il partage le jardin avec deux autochtones, Eurasiennes désoeuvrées et cancanières. Dans ce jardin, une plante immense aux bras tendus vers le ciel semble déplaire à la jeune femme : raide et agressive, cet aloès lui fait regretter l'élégance des pivoines odorantes de son pays natal. Derrière la haie, les voisines épient Mme Yamada à longueur de journée, interprètent les mystères de son comportement. Mais lorsqu'elle sera en danger tout près de l'aloès, les deux commères assisteront sans comprendre à un drame qui les dépasse... Ecrites depuis 1948, les sept nouvelles rassemblées ici par l'auteur illustrent parfaitement la thématique de l'ensemble de son oeuvre. Elles abordent ainsi le thème du secret, ou de l'empathie avec un passé dont la présence peut être étrangement ressentie, et parfois envahir notre imaginaire.

Raffinement, solidité de l'écriture : marque indélébile d'un auteur qui montre à travers le temps une remarquable permanence ; finesse psychologique et puissance imaginative qui ne se contente pas d'investir le passé mais s'aventure souvent aux franges de l'étrange. Ce petit livre complète avec bonheur la découverte de l'oeuvre de la grande romancière néerlandaise.

Hella S. Haasse, écrivain hollandais né à Jakarta en 1918, est avant tout connue pour ses romans. Les plus hautes distinctions littéraires néerlandaises ou étrangères ont d’ailleurs récompensé l'ensemble de son oeuvre. C’est néanmoins par l’entremise de ses nouvelles écrites entre 1948 et 2006 et présentées par ordre chronologique dans ce présent recueil que j’ai découvert cet auteur. Pour ceux qui la connaissent bien, il semblerait que ces nouvelles brassent les thèmes de prédilection de la dame : la moiteur et les senteurs de l’Indonésie hollandaise évoquant son passé colonial en passant par les secrets de famille et les réminiscences du passé, le tout teinté  d'une tonalité douce amère pouvant nous mener à la lisière du fantastique.

Comme l’écriture s’étale sur plus de cinquante ans, nous pouvons suivre en quelque sorte l’évolution de l’écriture de Hella S. Haasse au fil du temps: de récits structurés et bien construits, ne laissant que peu d’espace à notre imaginaire quant à l’interprétation du contenu, nous passons au fur et à mesure aux récits plus évaporés, plus courts et fleurtant de plus en plus du côté de l’imaginaire et de l’irréel, laissant de ce fait la part belle à l’inexplicable et l’étrange. Le hic est que j’ai justement de moins en moins apprécié les nouvelles au fur et à mesure de ma lecture, qui je le rappelle sont publiées dans l’ordre chronologique de leur écriture. Est-ce à dire que je préfèrerais ses premiers romans aux plus récents ? A vérifier. Quoi qu’il en soit, j’ai apprécié la finesse de son écriture et les thèmes développés, je vais donc très prochainement faire le grand saut et aborder un de ses nombreux romans. A ce propos, si vous connaissez bien l’auteur, n’hésitez surtout pas à me conseiller l’un ou l’autre de ses romans pour me guider dans mon prochain choix !

Aloe ferox de Hella S. Haasse, Editions Actes Sud, Collection Lettres néerlandaises, ISBN 2742777342, 09/2008, 157 pages

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Samedi 28 février 2009 6 28 /02 /Fév /2009 11:00

On ne peut plus parler aujourd’hui du roman Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire de l’auteur Vikas Swarup sans mentionner le film qui a été directement adapté du roman, à savoir le long métrage Slumdog Millionaire de Danny Boyle. Pour rappel, ce film sans vedettes et à petits budget, qui avait failli ne pas être distribué en salle, connaît depuis sa sortie un grand succès public et a obtenu, à la 81e cérémonie de Oscars, huit statuettes dont celle du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Le roman a d’ailleurs largement bénéficié du succès du film : les ventes du livre ont considérablement augmenté depuis le triomphe du long métrage - sa réédition en livre de poche y contribuant sans nul doute -, alors que le chiffre des ventes n’avait pas vraiment décollé auparavant.

Pour ceux qui n’ont ni lu le roman ni vu le film, sachez qu’il s’agit de l’histoire d’un jeune indien, Ram Mohammad Thomas, qui se retrouve propulser au devant de la scène télévisuelle en devenant le premier grand vainqueur du jeu Qui veut gagner un milliard de roupies. Comment ce jeune indien, pauvre, inculte, sans éducation ni scolarité, a-t-il pu gagner en répondant à toutes les questions ? Rapidement soupçonné de tricherie par la production et accusé d’escroquerie, il est sommé de s’expliquer. Il se trouve que ses réponses, il ne les a effectivement pas apprises dans les livres mais dans l’histoire de sa propre vie !

Afin de s’innocenter, Ram Mohammad Thomas reviendra, et ce pour chaque question posée dans le jeu télévisuel, sur un épisode de sa vie mouvementée pour justifier le fait qu’il connaissait la réponse à la question sans avoir eu besoin de recourir à la tricherie. Du prêtre louche qui laisse trop volontiers venir à lui les petits enfants à la capricieuse diva de Bollywood, des jeunes mendiants des bidonvilles de Bombay et de la prostitution aux touristes fortunés du Taj Mahal, au fil de ses rencontres, le jeune homme va apprendre que la fortune sourit aux audacieux...

Je ne vais pas trop m’attarder sur les multiples contestations qu’ont suscitées le roman et le succès du film (trop surestimés pour les uns, trop invraisemblables pour les autres, exaspérant certains qui détestent voir les projecteurs braqués sur l’immense pauvreté de leur pays et qui ne goûtent guère à ce qu’ils appellent cette « pornographie de la pauvreté », agaçant d’autres qui n’y voient qu’une vision superficielle et artificielle de l’Inde), on peut comprendre que cette histoire, ne se privant pas de mettre en évidence la face sombre d’une Inde qui ne demande qu’à briller en mettant en avant sa croissance phénoménale plutôt que sa misère, sa violence et sa corruption, ne fasse pas l’unanimité. Même le titre prête le flan aux contestations, particulièrement de la part des habitants des bidonvilles qui n’apprécient pas d’être traités de « chien de bidonville » (cf le titre du film Slumdog Millionaire).

Il est vrai aussi qu’il y a quelque chose de typiquement américain dans cette histoire : ce jeune orphelin des bidonvilles se relève à chaque fois de toutes les situations rocambolesques et souvent tragiques en triomphant de toutes les situations, pour finir par remporter le gros lot dans un jeu TV. Il y a du self-made man et de l’américanisation de la culture indienne dans ce roman, dans lequel l’amour triomphe de tous les obstacles.

Il n’en reste pas moins que j’ai trouvé le roman plaisant à lire !
L’écriture est certes banale mais on se laisse très facilement embarquer dans les aventures de ce jeune indien des bidonvilles. Il y a beaucoup de malices et de clins d’œil dans ce roman, qui font que malgré les situations tragiques exposées, une certaine légèreté dans le propos demeure, d’autant plus que nous nous doutons que tout se terminera bien pour le jeune héros malgré les obstacles qui se dressent sur sa route.

Mais je dois bien avouer, apportant de ce fait du grain à moudre aux détracteurs du film et du roman, que je n’ai pas fait de grandes découvertes concernant l’Inde ! Ce livre ne fait que confirmer le regard que je porte sur ce pays, à savoir un amalgame de clichés et de poncifs qui ne doivent rien avoir à faire avec la réalité telle qu’elle se présente.

Pour résumer, nous pouvons dire que Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup est un bon roman populaire séduisant et divertissant, tout en n’étant pas particulièrement substantiel dans sa forme ni dans son contenu.

Et pour terminer mon petit tour d’horizon autour de ce phénomène, je ne résiste pas à vous faire part d’un des effets les plus surprenants du succès du film, que les spécialistes désignent sous le vocable l’effet slumdog : après le triomphe du film de Danny Boyle, qui met en scène les enfants des bidonvilles de Bombay, l’organisation d’aide aux enfants a constaté une nette augmentation de l’intérêt des britanniques pour le parrainage des enfants en Inde ! Comme quoi…

Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup, traduit par Roxane Azimi, Editions 10/18, Collection Domaine Etranger, ISBN 2264045337, 08/2007, 363 pages

Ce roman fait partie de la sélection finale du Prix Critiques Libres 2009, catégorie Roman Etranger.

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Mardi 16 septembre 2008 2 16 /09 /Sep /2008 19:54

Il s’agit de mon premier roman de l’auteur José Saramago, au thème très original et intriguant dans la mesure où le sujet tourne autour de la pause que s’octroie « la mort » avec toutes les conséquences que cela engendrera au niveau de l’organisation étatique. Vous avez bien lu, la mort, personnage à part entière, a décidé de ne plus travailler et donc de ne plus donner la mort, du moins dans un cadre bien précis puisque ce phénomène ne dépasse par les frontières d’un pays dont nous ne connaîtrons jamais le nom.

Cet événement extraordinaire, qui plonge dans un premier temps la population dans un état euphorique, se révèle au fur et à mesure plus que problématique : l’immortalité n’empêche ni la maladie ni la vieillesse et engendre une multitude de malades en phases terminales au plus grand désarroi des familles mais également des hôpitaux, qui ne savent plus comment faire face au nombre toujours croissant de ses anciens. Les pompes funèbres et les compagnies d’assurance sont obligées de se diversifier pour ne pas tomber en faillite et l’Eglise est menacée de disparition car comment croire en la résurrection finale si la mort ne fait plus son office ? L’Etat se désagrège également, incapable de faire face à cette multitude d’anciens qui ne meurent plus : comment leur octroyer une pension à vie lorsque le nombre de la population active sera nettement déficitaire en comparaison à toutes ces personnes dont la mort ne veut plus ? Obligé de faire appel à la « maphia » (référence à la mafia italienne) pour s’en sortir jusqu’au jour où la mort décide de reprendre du service… d’une manière disons… assez surprenante ! Cette deuxième partie du roman suivra la grande faucheuse dans son travail somme toute assez routinier jusqu’au jour où elle sera confrontée à un imprévu...

Je me suis rapidement habituée à l’écriture et à la ponctuation particulière de José Saramago, qui nous livre une sorte de farce menée avec intelligence et causticité. Le tout livré avec une certaine distance, prétexte à philosopher sur un ton pince-sans-rire sur les éventuelles conséquences de l’immortalité, tant espérée mais tellement contraignante en fin de compte…

« Le lendemain, personne ne mourut. Ce fait, totalement contraire aux règles de la vie, causa dans les esprits un trouble considérable, à tous égards justifié, il suffira de rappeler que dans les quarante volumes de l'histoire universelle il n'est fait mention nulle part d'un pareil phénomène, pas même d'un cas unique à titre d'échantillon, qu'un jour entier se passe, avec chacune de ses généreuses vingt-quatre heures, diurnes et nocturnes, matutinales et vespérales, sans que ne se produise un décès dû à une maladie, à une chute mortelle, à un suicide mené à bonne fin, rien de rien, ce qui s'appelle rien. Pas même un de ces accidents d'automobile si fréquents les jours de fête, lorsqu'une irresponsabilité joyeuse et un excès d'alcool se défient mutuellement sur les routes pour décider qui réussira à arriver à la mort le premier. »

José Saramago est né en 1922 à Azinhaga, au Portugal. Il a reçu en 1995 le prix Camõens, la plus haute distinction des lettres portugaises, et le prix Nobel de littérature en 1998.

Editions Seuil, Collection Cadre vert, ISBN 2020863995, 01/2008, 235 pages

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