Littérature américaine

Lundi 14 septembre 2009

Ecrit dans les années 60, « La Conjuration des imbéciles » est le chef-d’oeuvre de John Kennedy Toole, un roman humoristique qui ne sera jamais publié de son vivant, un cuisant échec qui finira par conduire l’auteur à se suicider à l’âge de 32 ans (nous sommes en 1969). Il faudra encore attendre plusieurs années et les efforts acharnés de sa mère pour le faire publier dans les années 80, date à partir de laquelle il connaîtra un succès retentissant qui aboutira à l’obtention du prix Pulitzer en 1981 à titre posthume. Devenu depuis un classique de la littérature humoristique américaine, ce livre demeure un des livres majeurs de la littérature du Sud des Etats-Unis, le roman se situant à la Nouvelle-Orléans, lieu de naissance de l’auteur.



Nous sommes donc à La Nouvelle-Orléans dans les années soixante. Ignatius J. Reilly, étudiant en littérature médiévale, est un jeune homme de 30 ans aussi intelligent et cultivé qu’il est égocentrique, hypocondriaque, arrogant, boursouflé de sa suffisance et paranoïaque à ses heures. Il vit avec sa mère arthritique et alcoolique dans la mesure où il est bien incapable de se prendre en charge, aussi inadapté socialement que professionnellement, son mépris à l’égard de ses contemporains et des valeurs véhiculées par son époque ne lui apportant aucun aide à son intégration. Ignatius J. Reilly présente aussi un handicap majeur à son insertion sociale : outre une obésité de taille, son anneau pylorique se ferme à la moindre contrariété, entraînant de nombreux désagréments dans sa vie quotidienne. Mais lorsque sa mère se voit contrainte de rembourser les dégâts occasionnés par un accident de voiture dont elle est seule responsable, son fils Ignatius J. Reilly se voit obligé à son tour d’abandonner l’écriture de son autobiographe dans les cahiers « Big Chief » pour aller trouver du travail…

Ce roman est un ovni littéraire ! Humour déjanté, critique au vitriol de la société américaine, situations pittoresques et personnages haut en couleurs, ce récit a vraiment été une totale surprise pour moi. Impossible à résumer tellement les situations absurdes et décalées se suivent et ne se ressemblent pas, je ne peux que vous conseiller de lire ce récit délirant et jubilatoire à la fois.

Un conseil : ne lisez pas ce roman d’une traite au risque de vous lasser du procédé. « La Conjuration des imbéciles » se lit par petites touches, il faut le voir comme des petites scénettes aussi drôles qu’originales qui ne peuvent se savourer pleinement qu’à petites doses pour ne pas frôler l’indigestion.

A la lecture de ce récit, on ne peut s’empêcher de se demander ce que nous avons perdu à la mort du John Kennedy Toole, un grand auteur qui aurait laissé sans aucun doute d’autres œuvres aussi impérissables que celle-ci.

La Conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, traduit de l’américain par J.P. Carasso, Editions 10 X 18, Collection Domaine étranger, 08/2002, 448 pages

Par Sentinelle
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Recommander
Vendredi 28 août 2009

A première vue, Joe Goffman a tout pour lui : un magnifique appartement dans les quartiers chics de Manhattan, des aventures sentimentales en série, une décapotable dernier cri et des dollars comme s'il en pleuvait. Ce jeune auteur a très vite rencontré le succès avec son premier roman, Bush Falls. Directement inspiré de son adolescence passée dans une petite bourgade du Connecticut, ce best-seller ridiculise les mœurs provinciales de ses ex-concitoyens, dénonce leur hypocrisie, leur étroitesse d'esprit et toutes leurs turpitudes. Mais le jour où il est rappelé d'urgence à Bush Falls au chevet de son père mourant, il se retrouve confronté aux souvenirs qu'il croyait enfouis à jamais. Face à l'hostilité d'une ville entière, rattrapé par les fantômes de son passé, Joe va devoir affronter ses propres contradictions et peut-être enfin trouver sa place...


Voilà un roman qui ne suscite que des louanges alors qu’il n’est jamais parvenu à me convaincre : le présence en très grand nombre de grosses ficelles et de clichés en tous genres ont fait que j’ai eu bien du mal à croire aux personnages, que je trouvais inconsistants et caricaturaux. Un roman qui m’a fait pensé à un scénario de film tellement certaines scènes se visualisaient sans peine et semblaient prêtes à l’emploi pour une prochaine adaptation cinématographique, dans le pure style comédie américaine - plaisante et sans prétention - de série B, à laquelle ne manquera pas l’épisode larmoyant précédant le happy end final.

Vous l’aurez compris, je suis déçue et ma déception est à la hauteur de mes attentes initiales : j’espérais un roman caustique, enlevé et original et je me suis retrouvée avec un roman prévisible, gentillet et sans surprise. Je me suis également très vite lassée de l’écriture fluide mais très banale de l’auteur. Encore un best-seller qui me passe complètement sous le nez, je suis même frustrée de ne pas pouvoir partager l’enthousiasme des autres lecteurs, c’est dire ! Bref, ce roman est loin d’être une révélation en ce qui me concerne…

D’autres avis tous très positifs sur Blog-O-Book, seule Kathel se démarque en émettant un avis plus mitigé (je lui en suis d'ailleurs reconnaissante, me sentant de ce fait un peu moins seule mdr).

Le livre de Joe de Jonathan Tropper, traduit de l’américain par Nathalie Peronny, Editions 10 X 18, Collection Domaine étranger, ISBN 978-2264045089, 11/09/2006, 411 pages

Par Sentinelle
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Lundi 6 juillet 2009



Hiver 1957-1958, au Nebraska. Caril Ann, une adolescente se laisse emporter par le tourbillon de violence où l'entraîne son petit ami, jusqu'à participer à l'une des plus célèbres tueries de l'histoire américaine. Il sera exécuté. Elle, emprisonnée. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Cinq ans plus tard, on retrouve une autre jeune fille, Bouchon, qui guette avec passion son jeune voisin dont les parents ont été abattus lors du massacre. Trois décennies plus loin, c'est un antiquaire qui se réveille obsédé par le rêve d'une tache de sang qui s'élargit lentement sur son col de chemise. Trois histoires, trois époques. Un seul fil à nouer. Et la même question en boucle : à quoi tient une existence ?

 




Liza Ward revient, par l’intermédiaire d’un roman à trois voix, sur le périple sanglant de Charles Starkweather (19 ans) et Caril Ann Fugate (14 ans), qui tuèrent 11 personnes dans 5 états différents des Etats-Unis. Rappelez-vous, ce jeune couple de tueurs avait déjà inspiré dans son temps le réalisateur Terrence Mallick pour son très bon film « Badlands » (1973) et, dans un autre genre, Oliver Stone pour son film « Tueurs nés » (1994), film qui suscita de nombreuses polémiques.


Liza Ward a ceci de particulier que ce drame la touche personnellement : ses grands-parents furent deux des victimes du couple meurtrier.  On aurait pu craindre un parti pris de la part de l’auteur, il n’en est rien. Non seulement l’auteur arrive à se mettre dans la peau de chaque personnage avec tout le recul et la distance nécessaires, mais elle le fait avec une telle finesse et intelligence qu’elle ne peut que susciter notre admiration pour le travail accompli. Pouvoir approcher de si près le ressenti de deux adolescents en déroute mais également celui des personnes que ce drame touchera de près m’a vraiment impressionnée.  Au final, un très bon roman subtil, sobre et émouvant à la fois, jamais bêtement accusateur et si prenant que je ne peux que vous le conseiller vivement.

 

Merci à Biblio, qui m’a fait découvrir ce roman via son billet paru sur son blog.Une très belle découverte !

Lasardine a eu par contre plus de mal à rentrer dans ce roman à trois voix.

Par Sentinelle
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires - Recommander
Lundi 29 juin 2009
Lemaster Carlyle, président de l'université de New England College, l'une des plus prestigieuses d'Amérique, forme avec sa femme Julia, elle-même doyenne et vice-présidente de l'école de théologie, un des couples africains-américains les plus jalousés de Nouvelle-Angleterre. Un soir, alors qu'ils rentrent d'une réception à l'université, ils sont pris dans une tempête de neige et leur voiture quitte la route. Près du lieu de l'accident, ils découvrent un cadavre. Julia, horrifiée, reconnaît le corps de son ancien amant, Kellen Zant, devenu depuis un brillant professeur d'économie de New England. Ce crime va avoir sur chaque membre de la famille Carlyle des conséquences dévastatrices dont l'onde de choc se propagera jusqu'à la Maison Blanche. Car, en même temps qu'elle démasque la bienveillance de façade des habitants d'Elm Harbor (surnommé par Julia « le cœur de la blancheur ») à l'égard de « l'obscure nation », l'enquête sur le meurtre de Kellen en réveille un autre, vieux de trente ans, qui semble impliquer Lemaster et son ami le Président...

Etant une grande amatrice des polars sociaux nordiques, je ne pouvais que me laisser tenter par ce roman qui nous plonge, pour changer un peu de continent, dans l’Amérique bien pensante et ses dessous moins reluisants, plus précisément dans une famille afro-américaine appartenant à l’upper class, à savoir l’élite noire américaine et ses difficultés d’intégration dans la communauté blanche malgré leur élévation sociale. En revenant sur le meurtre d’une jeune fille blanche commis trente ans plus tôt, c’est tout un pan de l’Amérique qui s’ouvre à nous : une Amérique où les jeux d’influence, la manipulation et le chantage ne sont que quelques-uns de moyens utilisés pour atteindre ses objectifs et accéder au pouvoir tant convoité.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas tant le côté polar ni le côté thriller qui prédominent dans ce roman mais bien la radioscopie de l’élite de la communauté afro-américaine et la question raciale, sans oublier l’importance des clans et des castes dans la vie communautaire. D’où de nombreux développements qui prennent du temps et qui peuvent parfois sembler un peu longs, surtout vers la fin qui me semblait se trainer et qui aurait franchement gagné à être plus concise. Il ne reste que le propos est intéressant et que ce roman est d’un bon niveau : l’auteur maitrise parfaitement son sujet, appartenant lui-même au milieu aisé afro-américain et étant donc par là-même bien placé pour dévoiler ce que peuvent cacher les apparences d’une pseudo intégration sociale et les concessions nécessaires pour atteindre les échelons élevés d’une société où la couleur de peau reste malgré tout un trait distinctif, et ce quelque que soit son degré de compétence.

Un roman dont les droits seront, sans nul doute, acheté par Hollywood et que nous verrons adapté sur grand écran d’ici quelques années tant l’histoire s’y prête bien volontiers.

Quelques mots sur l’auteur : Stephen Carter est le premier professeur noir titulaire d'une chaire de la célèbre université de Yale (1985). Ce juriste reconnu, ancien conseiller du président Clinton, a également signé de nombreux essais sociopolitiques qui ont fait grand bruit outre-Atlantique, dans les milieux intellectuels comme dans le grand public. Son premier roman, « Echet et Mat », connu un immense succès aux Etats-Unis et fut traduit dans de nombreux pays. « La dame noire » est son deuxième roman et un troisième est déjà en préparation.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont qui m’ont proposé ce roman dans la cadre de l’opération Masse critique.


Par Sentinelle
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Lundi 18 mai 2009
" Le jour où je revins à Templeton, en pleine disgrâce, le cadavre d'un monstre mesurant près de seize mètres émergea à la surface du lac Glimmerglass ". Ainsi s'ouvre Les Monstres de Templeton, un roman qui balaie deux siècles d'histoire : celle d'une jeune fille à la recherche de son père, et celle d'un village, ancrée dans l'Amérique profonde, au milieu des légendes et des secrets de famille. A la suite d'une déconvenue amoureuse, Willie Upton frappe à la porte de la vieille demeure où vit encore sa mère, Vivienne, ancienne hippie devenue baptiste fervente sur le tard... Au lieu du réconfort qu'elle vient y chercher, Willie trouve le village sens dessus dessous, chamboulé par l'apparition d'un animal démesuré, et découvre un terrible mensonge : son père existe bel et bien, elle n'est pas le fruit hasardeux des amours libres de sa mère, mais bien la fille d'un homme connu et reconnu dans Templeton. Lancée dans une enquête à rebondissements pour retrouver son père, elle part sur la trace de ses ancêtres et reconstitue la fabuleuse généalogie qui mène à son histoire.

Quel sympathique roman et quels personnages truculents et attachants ! Nous voilà embarqués dès les premières pages dans la vie des habitants de Templeton : lorsque Willie Upton revient chez sa mère désoeuvrée en pensant être enceinte de son professeur de fac, elle ignore encore que son père naturel jusqu’alors inconnu est non seulement un habitant de la ville mais également un membre de sa famille dans la mesure où il serait issu d’une branche bâtarde de l’arbre généalogique. En voilà une nouvelle, car il faut savoir que Willie Upton n’est pas issue de n’importe quelle famille : elle est l’ultime descendante de la famille la plus illustre de Templeton, son aïeul Marmaduke Templeton ayant poser les fondations de la ville deux siècles plus tôt. Quel aïeul a pu tromper son conjoint et concevoir un enfant illégitime dont son père naturel serait l’ultime descendant ? Pour répondre à cette question, Willie Upton se lance à corps perdu dans une recherche généalogique afin de retrouver l’identité de son père naturel mais aussi peut-être oublier un temps d’autres problèmes plus ‘personnels’.

Son grand retour dans sa ville natale sera également l’occasion de renouer certains liens avec d’anciennes connaissances, comme les joyeux joggeurs mais aussi d’anciens camarades de classe oubliés depuis longtemps mais qui se feront un plaisir de se rappeler à sa mémoire…

Cette recherche généalogique servira également de prétexte pour parcourir deux siècles d’histoire de la ville à travers les lettres, archives, témoins et journaux intimes découverts lors de ses recherches.

Saga familiale, quête identitaire, secret de famille, parcours initiatique, le tout agrémenté d’un soupçon de fantastique, « Les monstres de Templeton » est un roman idéal pour ne pas se prendre la tête et décompresser. Sans oublier une écriture fluide sans aucun temps morts et des personnages bien développés, enfin bref, un bon roman divertissant avec tout ce qu’il faut pour passer un excellent moment de lecture.

Il n’est guère étonnant que ce premier roman d’une jeune auteure américaine de 30 ans à peine ait connu dès sa publication aux Etats-Unis un beau succès littéraire. Une réussite amplement méritée. Et je guetterai avec curiosité la parution de son prochain roman !

Cuné a bien aimé également et Chaplum a eu un véritbale coup de coeur pour ce roman.

Les monstres de Templeton de Lauren Groff, traduit de l’américain par Carine Chichereau, Editions Plon, Collection Feux croisés, ISBN 225920743X, 08/2008, 434 pages


Par Sentinelle
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Vendredi 1 mai 2009

Je vous avais dis tout le bien que je pensais d’ Effigie, deuxième roman d’Alissa York.  J’avais d’emblée annoncé, à la fin du billet, que j’allais sans nul doute lire son premier roman sans penser à ce moment là que cette lecture serait si proche dans le temps. Mais lorsque je suis tombée dessus par hasard dans une bouquinerie d’occasion, je n’ai pas hésité une seconde à l’acheter. Je pensais qu’il attendrait bien quelques mois dans ma PAL mais c’était sans compter le fait que j’allais lire les premières pages dans le métro, premières pages qui m’ont tout de suite ferrée au récit. Embarquée, je l’étais bel et bien. Et c’est donc très naturellement que j’ai poursuivi ma lecture, avec plus ou moins de bonheur. Mais avant d’aller plus loin dans le compte-rendu de mes impressions, je vais vous raconter l’histoire de ce premier roman d’Alissa York,  qui s’intitule très justement « Amours défendues ».

 

Thomas était arrivé dans la petite ville de Miséricorde de Manitoba dans l’intention d’ouvrir sa boucherie et son abattoir. Il savait mieux que personne qu’abattre les animaux était un métier en soi, et ce n’était pas ses clientes, pour lesquelles il réservait les meilleurs morceaux et prêtait toujours une oreille attentive à leur bavardage, qui le contrediraient.  Elles vous diraient même qu’elles étaient impressionnées par ses grandes mains étonnamment agiles pour leur taille. Il aurait d’ailleurs pu faire son choix dans le village, ce ne sont pas les occasions qui manquèrent mais Thomas n’avait d’yeux que pour Mathilda, la première personne à qui il avait parlé en arrivant à Miséricorde, tout gris de la poussière de la route et empestant le porc. 

 

Mathilda est la nièce de la gouvernante du curé, une jeune fille adoptée par sa tante qui la retira de l’orphelinat dans lequel l’avait placée son père volage et disparu depuis lors. Mathilda était trop jeune pour se marier à l’époque, raison pour laquelle Thomas attendit quatre longues années avant de la demander en mariage, le jour de ses dix-neuf ans. Une proposition que Mathilda ne put refuser, sur l’insistance de sa tante :

 

« Par pitié, Mathilda, souris. Tu t’attendais à un jardin de roses ?  A avoir le cœur qui palpite rien qu’en le regardant ?

[…] Tu es la nièce bâtarde de la bonne à tout faire de l’église, tu  n’as pas un sou à toi et tu n’es pas non plus d’une grande beauté, mais celui-là, celui-là est venu supplier d’avoir ta main. Elle poursuit, les dents serrées.  « Tu devrais rire.  Tu devrais te tenir les côtes devant tant de chance, alors fais au moins un sourire ! ».

 

Mais ce n’est pas facile pour Mathilda d’oublier le sang incrusté sous les ongles de Thomas, de ne pas sentir les effluves de cette odeur forte d’abats, d’oignons et de poivres mélangés qu’il pétrissait de ses mains puissantes pour confectionner les boudins noirs, une odeur qui s’incruste et qui persiste sans qu’il soit possible de s’en débarrasser  même si on se récure à fond.

 


 

Ce précaire équilibre se trouvera chamboulé le jour où le père de la paroisse décèdera, très rapidement remplacé par le jeune père August Day, un jeune homme qui connut l’enfance humiliée en étant le fils d’une prostituée.  August Day qui récite en latin les paraboles avec tellement de légèreté et d’emphase que Mathilda ne tarde pas à le regarder non comme un homme de Dieu mais comme un homme de chair et de sang. Entre les mains puissantes du boucher et le sang des beaufs qui coule à flots et les mains délicates du père Day qui offre le sang et le corps du Christ en communion en déposant l’hostie de ses doigts fins sur la bout de sa langue, Mathilda n’hésite pas à faire son choix en se rapprochant du père Day. Et si le lit marital reste froid, le confessionnal quant à lui s’enflamme de la passion dévastatrice de deux corps qui n’auraient jamais dû se rencontrer.  Le père Day résiste d’autant moins à Mathilda qu’elle sent la… saucisse, et que les saucisses avaient toujours été le plat préféré du  père Day, avant qu’il décide d’y renoncer définitivement tellement elles lui inspiraient un désir si puissant qu’il avait jugé préférable de s’en abstenir.

 

« Le boucher a dû en fabriquer un lot.  Il a l’impression qu’elle les porte en guirlande, tant l’odeur est forte. »

 

Mais le jour où Mathilda tombera enceinte du père Day, celui-ci n’hésitera pas à la rejeter avec rudesse…

 

Un demi-siècle plus tard, une nuit de juin 2003, un autre prêtre, Cari Mann, un veuf dont la fille de trois ans est autiste, arrive à Miséricorde. Il souhaite construire un édifice dans les marécages à la lisière de la ville. Mais ce projet va à l'encontre de la volonté de Mary, la fille de Mathilda, élevée dans la tourbière.

 

Quel roman plein de rages, de violences, de trahisons, de désespérances ! Que de ravages, de tourments, de tentations, de culpabilités ! Que de sang, de larmes et de souffrances ! Nous voilà bien dans un roman d’Alissa York : je retrouve tous ses thèmes de prédilection, qu’elle avait déjà développés dans son deuxième roman « Effigie ».  Le difficile rapport à la foi, les amours interdites, le tumulte des sensations et des passions dévastatrices, le poids du passé, l’enfance douloureuse, l’importance du corps et des organes, du sang et des viscères, même l’indien et le loup ne manquent pas à l’appel ! Il n’en demeure pas moins que ces thèmes seront traités différemment dans ces deux romans. Je mesure également la maturité qu’elle a développée entre son premier roman « Amours défendues » et son deuxième roman « Effigie », plus abouti et mieux mené.

Il n’en reste pas moins que la première partie d’ « Amours défendues » est de très bonne facture. J’ai nettement moins apprécié le deuxième volet qui se situe dans le temps cinquante ans plus tard.  Je ne comprends pas très bien ce que cette partie apporte de plus si ce n’est une note finale moins négative que celle qui aurait eu lieu si elle s’était contentée du premier volet.

 

J’attends son troisième roman avec grande curiosité !

Ah oui, encore un petit point à souligner : végétarien, s'abstenir

 

 




Née en 1970 en Alberta, Alissa York a vécu un peu partout au Canada, de Winnipeg à Vancouver en passant par Montréal, avant de s’établir à Toronto avec son mari, l’écrivain et cinéaste Clive Holden. Elle a fait une entrée en littérature remarquée avec le recueil de nouvelles Any Given Power (Journey Prize 1999) et a gagné les faveurs d’un lectorat grandissant avec la publication de son premier roman, Amours défendues. Best-seller au Canada, salué unanimement par la critique, Effigie a confirmé le talent d’Alissa York, désormais considérée comme l’une des conteuses les plus originales des lettres anglo-saxonnes.

 





Lire le billet de Lune de Pluie qui est également tombée sur le charme vénéneux de la plume de l'auteure.

Par Sentinelle
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 9 avril 2009


Qui est William Gasper, cet homme qui depuis cinq ans arpente inlassablement la Lune, une “montagne de nulle part” en plein cœur du Nevada ? De ce marcheur solitaire, nul ne sait rien. Est-il un ascète, un promeneur mystique, un fugitif ? Tandis qu’il poursuit son ascension, ponctuée de souvenirs réels ou imaginaires, son passé s’éclaire peu à peu : ancien tueur professionnel pour le compte de l’armée américaine, il s’est fait de nombreux ennemis. Parmi lesquels, peut-être, cet homme qui le suit sur la Lune ? Entre Gasper et son poursuivant s’engage alors un jeu du chat et de la souris. D’une tension narrative extrême jusqu’à sa fin inattendue, L'homme qui marchait sur la Lune est un roman étonnant et inclassable qui, depuis sa parution aux États-Unis, est devenu un authentique livre culte.


On compare souvent Howard McCord à Cormac McCarthy. Ayant dévoré son roman « La route », je pensais tout naturellement que j’allais facilement me laisser séduire par Howard McCord.  Et bien ce ne fut pas aussi simple que cela ! Sachez qu’on peut apprécier l’un sans forcément succomber à l’autre, en tout cas, je ne me suis pas retrouvée dans les descriptions dithyrambiques de nombreux lecteurs et critiques littéraires. L’écriture est efficace mais cela ne m’a pas empêchée de rester en marge tout au long du récit, n’ayant jamais pu me projeter dans ce roman.  Est-ce dû à l’extrême froideur de personnage principal William Gasper ? A l’âpreté des paysages ? Au mélange des genres (description de la nature, méditation, conte philosophique,  mysticisme, onirisme, traque, survie en milieu hostile…) ?  Je ne saurais dire si ce n’est que je me suis vite ennuyée en compagnie de cet homme solitaire et misanthrope - ancien tueur de l’armée américaine - qui arpente régulièrement une montagne perdue en plein cœur du Nevada, à l’abri du regard des hommes. Beaucoup de lecteurs y ont vu un hymne à la nature sauvage. Pourquoi pas, même si je préfère les romans de Jim Harrison dans ce cas de figure.  Quant à l’écriture poétique, je préfère nettement la plume de John Burnside à celle de Howard McCord.



Enfin bref, « L'homme qui marchait sur la Lune » n’a pas soulevé mon enthousiasme malgré ses qualités indéniables et son originalité… peut-être pas lu au bon moment ? Ou trop cérébral pour moi ? Je pense également que j’ai beaucoup de mal avec les héros insaisissables et complètement hermétiques à toute interprétation ou tentative de compréhension, du coup, je reste totalement en « dehors ». Mais cette explication ne me satisfait qu’à moitié : les nouvelles de Kafka par exemple me sont tout aussi impénétrables, ce qui ne m’empêche aucunement d’apprécier grandement ses récits ! Décidemment, les raisons qui font que ce roman ne m’a pas enthousiasmé plus que cela restent aussi insondables que son protagoniste principal !


L'homme qui marchait sur la Lune de Howard McCord, traduit de l’américain par Jacques Mailhos, Editions Gallmeister, ISBN 2351780191, 08/2008, 133 pages


Par Sentinelle
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Dimanche 29 mars 2009

« Le livre d’Hanna » raconte l’histoire de la célèbre Haggadah de Sarajevo, un ancien manuscrit enluminé vieux de plusieurs siècles. La lecture du texte qui compose la Haggadah commémore un événement capital de l’histoire juive, à savoir la sortie d’Egypte et la libération du peuple juif de l’esclavage. Sa récitation autour de la table familiale lors du repas pascal constitue le rituel annuel de la Pessah (la Pâque juive).

La Haggadah de Sarajevo, d’une valeur considérable, se distingue par la beauté de ses enluminures et son ancienneté. Il se trouve que ce manuscrit a connu une destinée incroyable et que le fait d’avoir survécu aux tourments de l’histoire tient presque du miracle : après avoir quitté l’Espagne d'Isabelle la Catholique lors de l’expulsion des juifs espagnols en 1492, il connu les dernières heures de l'Inquisition vénitienne vers les années 1500, se retrouva ensuite - on se sait trop comment - plusieurs siècles plus tard dans la Vienne antisémite des années 1890 pour se retrouver à Sarajevo dans la tourmente nazie de la seconde guerre mondiale, où il fut sauvée par un bibliothécaire musulman sous le nez des Allemands. La Haggadah survivra enfin à la guerre civile des années 1990 dans une chambre forte d’une banque souterraine de Sarajevo, faisant l’objet de soins particuliers de la part des autorités bosniaques le temps que dura le siège de la ville. Elle est d’ailleurs actuellement conservée au Musée National de Sarajevo.

« Le livre d’Hanna » commence à Sarajevo en 1996. Encerclée par les forces serbes jusqu’en 1995, il ne reste de la ville que ruines et désolations. C’est pourtant dans cette ville qu’une conservatrice australienne passionnée de manuscrits anciens, Hanna Heath, sera dépêchée sur les lieux pour authentifier la célèbre Haggadah, vieille de plusieurs siècles et miraculeusement conservée malgré la guerre. Dépêchée de l'autre bout du monde pour cette mission, Hanna compte bien percer les secrets de ce livre hébreu, de ses sublimes enluminures et de ces hommes et femmes de toutes religions qui l'ont fabriqué, manié et sauvé à travers les âges.

C’est en menant son enquête qu’elle découvrira l'incroyable destin de ce livre sacré, témoin éclatant des drames de l'Histoire auquel lui et son peuple ont survécu.

Geraldine Brooks nous entraîne dans un périple s’étendant sur plusieurs siècles avec tellement de talent que ce fut un réel bonheur de lire ce roman ! Ce récit historique nous est conté avec un tel souffle romanesque que nous poursuivons le périple de ce célèbre manuscrit avec une facilité déconcertante tant la plume de l’auteur se veut souple et légère sans pour autant être dénuée de profondeur et d’intérêt. « Le livre d’Hanna » est un roman intelligent, profond, à la plume romanesque et au propos élégant, le tout porté par une écriture fluide et sans fioritures. Du grand art !

Le livre d’Hanna de Geraldine Brooks, Editions Belfond, ISBN 2714444687, 08/2008, 413 pages
Par Sentinelle
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Samedi 21 mars 2009


L’innocence n’existe pas.

La dissimulation est essentielle à l’identité.

Ne vous faites pas d’illusion. Couvrez-vous le visage.

Peut-être n’étais-je pas la fin de quelque chose. Peut-être étais-je le début de quelque chose.





Rick Moody, considéré comme un des auteurs les plus prometteurs de la génération montante américaine, à l’instar d’un Jonathan Safran Foer, Nicole Krauss ou Marisha Pessl, fut remarqué d’emblée lors de  la parution de son  premier roman « The Ice Storm », adapté au cinéma par  Ang Lee. Mais c’est pourtant avec « A la recherche du voile noir » que la France découvre véritablement ce jeune auteur américain.

Le point de départ du récit « A la recherche du voile noir » prend appui sur le conte « Le voile noir du pasteur » de Nathaniel Hawthorne, célèbre auteur américain du 19e siècle. La source d’inspiration de Nathaniel Hawthorne pour l’écriture de ce – très bon – conte est la découverte d’une anecdote portant sur la vie d’un pasteur de son époque : le prêcheur Joseph Moody, qui décida un beau jour de dissimuler pour toujours son visage derrière un voile noir afin d’expier ses pêchés. Il se trouve que ce pasteur, Joseph Moody, porte le même nom que l’auteur Rick Moody. Ce conte fait d’ailleurs partie du mythe familial par excellence dans la mesure où son grand-père revient à plusieurs reprises sur l’histoire de ce prêcheur, ancêtre de la famille Moody rendu célèbre grâce à Nathaniel Hawthorne.

Partir en quête de son ancêtre Joseph Moody devient une obsession pour Rick Moody, quête qui débute le jour même où il plonge dans une sorte de crise paranoïaque aigue, qui le conduira d’ailleurs peu après à la clinique psychiatrique.


« Rien de particulier n’allait mal dans ma vie. C’était une année comme les autres de ma jeunesse, j’avais vingt-cinq ans, et je me réveillai un matin convaincu que j’allais être violé. »

« J’étais convaincu que j’allais être violé, brutalisé, agressé sexuellement par un homme inconnu, pénétré, blessé, inséminé (…), je me retrouvais soudain mal à l’aise en compagnie de la plupart de mes amis hommes. »

« Je méritais d’être violé. »



En crise d’identité et en perte de repères, Rick Moody décide ce jour là de remonter le fil de son histoire en menant une véritable quête d’identité pour arriver à comprendre quel poids le voile de son ancêtre Joseph Moody et sa culpabilité sous-jacente ont pu jouer sur sa propre identité mais également sur la mythologie et la dynamique familiale. La recherche de ce parent lointain conduit Rick Moody non seulement aux sources de sa propre filiation et de sa propre identité mais également aux sources de l’identité collective de la nation américaine en remontant à l’époque des pionniers puritains. Pour y parvenir, plusieurs outils s’offrent à lui : recherche généalogique, autobiographie et auto-analyse, carnet et journaux intimes divers, analyse des écrits de Nathaniel Hawthorne, essai sur l’Amérique et la littérature, symbolisme du voile etc

Le moins que l’on puisse dire est que je suis très mitigée quant à cette lecture : si j’ai beaucoup aimé certains passages, notamment les cinquante premières pages - mention particulière pour l’introduction qui est un petit bijou - j’ai nettement moins apprécié d’autres passages, malheureusement majoritaires.

Le sujet était pourtant des plus emballant : partir de l’analyse d’un conte de Nathaniel Hawthorne s’inspirant de la vie d’un ancêtre pour remonter dans le temps à la recherche d’un des mythes fondateurs de son histoire familiale et individuelle (l’importance de la symbolique du voile, le poids de la conscience et de la culpabilité, la question de la filiation et de l’héritage) était une très belle idée de départ.

Malheureusement, l’auteur multiplie tellement les références et les sources d’investigations plus ou moins heureuses que le récit, trop dense et trop touffu, finit par se disperser au point que nous perdons le fil conducteur. J’ai souvent eu l’impression d’avoir entre les mains une thèse universitaire dans laquelle nous retrouvons toutes les pistes et sources de travail de l’auteur et non un récit à part entière.

Ceci dit, Rick Moody nous prévient de ce qui nous attend par ces quelques lignes : « Les lecteurs qui attendent de ces pages une vie nette et bien ordonnée, une existence faite de baisers octroyés et de romans écrits risquent d'être surpris. Mon livre et ma vie se déroulent par crises, relevant plus de l'épilepsie que du récit. ».
Nous voilà donc prévenu : la lecture de ce livre se mérite, nul doute là-dessus !

Je me suis aussi parfois ennuyée pendant ma lecture, notamment aux chapitres concernant les anecdotes sur sa vie personnelle (sa liaison avec une jeune femme alcoolique, son enfermement volontaire dans un hôpital du Queens, sa toxicomanie, ses tendances dépressives et ses phobies). J’ai trouvé ces passages brouillons, peu intéressants et un peu complaisants, malgré le fait qu’ils nous étaient exposés dans le but de les faire entrer en résonance avec l’histoire de son ancêtre Joseph Moody. Quant à la fin du récit, je dirais qu’elle rattrape le tout dans la mesure où je la trouve très intéressante (je n’en dirai pas plus pour ne rien dévoiler).

En conclusion, nous avons un début très prometteur, un milieu longuet, dispersé et parfois décevant, et une fin surprenante, quand je vous disais que j’étais plus que mitigée ! Mais je ne regrette pas du tout cette lecture car j’y ai trouvé de belles pages, une quête intéressante et une approche originale de la filiation et de la question de l’identité. Je dirai même que ce récit se fait apprécier de plus en plus à mesure que le temps passe : si sa lecture fut souvent pénible, il a réussi remarquablement et à ma plus grande surprise à creuser un sillon profond dans ma mémoire !

A noter, la très bonne nouvelle de Nathaniel Hawthorne, « Le voile noir du pasteur», se trouve à la fin du récit de Rick Moody. La lecture de ce conte m’a d’ailleurs directement menée à la lecture de Contes et récits de Nathaniel Hawthorne, une vraie petite merveille.

Extrait : « A la recherche du voile noire » ou l'étrange réminiscence engendrée à la vue d'un sans-abri au visage enfoui dans une capuche dans le métro new-yorkais :


« Il était mon sans-abri à moi, mon fou de liberté, mon symbole, mon esprit frappeur. Ce que je veux dire, c'est que le fantôme de la station de métro, en surgissant ainsi, réveilla en moi des choses qui s'y trouvaient bien avant qu'il n'apparût ; il était le spectre de mon enfance, à moins qu'il ne fût plus ancien encore, compte tenu de son formidable pouvoir symbolique ; comme toutes les images persistantes, il était d'une inquiétante étrangeté, il faisait partie de ces choses qui surgissent à la lumière alors qu'elles auraient dû rester dans l'ombre, il participait de la mythologie familiale, de ce qui fait l'essence même de la famille. Que venait-il me dire ? »

Pour en savoir plus, je ne peux que vous conseiller de lire l'excellente critique de Jean Laurenti parue dans le magazine La matricule des anges. Vous pouvez également trouver de nombreux avis, extraits, critiques et digressions diverses à propos du récit « A la recherche du voile noir » sur le forum Parfum de Livres où il a fait l’objet d’une lecture commune. Sylvie du blog passion des livres est plus qu’enthousiaste puisqu’elle considère cet essai comme « incontestablement l'un des grands livres de ces dernières années ! »

« A la recherche du voile noir » de Rick Moody, traduit de l’américain par Emmanuelle Ertel, Editions de l'Olivier, ISBN 2879293561, 09/2004, 416 pages.
Il est également disponible en livre de poche, Editions Points, ISBN 2757800736, 08/2006, 448 pages


Par Sentinelle
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Jeudi 19 mars 2009

Dans la communauté mormone de l'Utah en 1860, Erastus Hammer, éleveur de chevaux et chasseur renommé, est un mormon prospère vivant dans son ranch isolé en compagnie de ses quatre épouses : sa première épouse Sœur Ursula, une femme aussi pieuse que rigide qui dirige d’une main de fer la vie courante du ranch et l’éducation des enfants, la seconde épouse Sœur Ruth, éleveuse de vers à soie et mère biologique de tous les enfants de la ferme, la troisième épouse Sœur Thankful, femme sensuelle et aguicheuse qui se flatte d’être la compagne sexuelle quotidienne d’Erastus et la quatrième épouse Sœur Dorrie, qui n’est encore qu’une enfant discrète et solitaire le jour de son mariage.

Dorrie doit cette place de quatrième épouse à sa passion pour la taxidermie : Erastus voit là un excellent moyen de s’entourer de ses trophées de chasse qui flattent son égo, même si ses talents de chasseur se sont considérablement amoindris depuis qu’il connait des problèmes de vue, raison pour laquelle il doit ses récents exploits à l’excellent chasseur indien païute qui l’accompagne à tous ses déplacements. Dorrie est une enfant étrange qui ne se souvient plus de son passé jusqu’au jour où son mari lui rapporte à la maison une louve et ses petits destinés à compléter sa collection de trophées de chasse. A partir de cet instant, elle ne cessera de rêver la nuit de nuées d’oiseaux, de loups dévoreurs de cadavres et d’horribles scènes de violences et de tueries.

Bendy Drown, le nouveau garçon d’écurie du ranch Hammer, remarque cette jeune fille solitaire et décide de l’apprivoiser à l’insu de tous. Les adolescents se rapprocheront dans un jeu dangereux au sein de ce ménage mormon tendu par l’envie et les jalousies. Pendant ce temps, un loup rôde sur les terres de Hammer à la recherche de la famille qu’il a perdue. Sa quête nocturne dévoilera les tensions et les secrets de cette famille mormone polygame...


« Effigie » est le deuxième roman de la Canadienne Alissa York, considérée comme l’une des auteures les plus originales des lettres anglo-saxonnes.

Fiction historique au souffle puissant, avec en toile de fond le massacre de Moutain Meadows, (massacre perpétré en Utah en 1857 et dans lequel une centaine de migrants venus du Missouri furent massacrés par un groupe de mormons et indiens païutes), l’ouest américain de la ruée vers l’or et l’implantation de la communauté mormone, Alissa York n’en oublie pas pour autant ses personnages en leur donnant la parole à tour de rôle avec subtilité pour mieux disséquer leurs pensées, envies, tourments mais également l’origine pour chacun d’eux de leur adhésion à la communauté mormone.

Des scènes oniriques de la petite Dorrie côtoient des passages plus réalistes mais également plus âpres, notamment ceux concernant la taxidermie, où l’auteur nous décrit dans le moindre détail les techniques de la taxidermie et les opérations de dépeçage, pas toujours très ragoutants. Outre une certaine fascination de l’auteur pour le dépeçage, le sang, les organes, la charogne et les prédateurs en tous genres, nous retrouvons dans ce roman une certaine sauvagerie et animalité, composées de violences autant psychologiques que physiques, imposées par les conditions de vie très rudes de l’époque mais également induites par les rancœurs multiples de chaque membre de la famille Hammer, certains dévorés par la jalousie et les rivalités mais tous réunis par la foi. C’est dans cette atmosphère sourde et inquiétante que nous pressentons d’emblée, dès les premières pages, l’imminence du drame à venir dans ce monde clos qu’est le ranch de la famille Hammer.

J’ai beaucoup aimé « Effigie », et lirai sans aucun doute son premier roman, « Amours défendus », best-seller dans son pays. Notez que son style d’écriture et la multiplicité des points de vue demandent de la concentration, du temps et une attention soutenue. A lire donc si vous avez du temps et du calme autour de vous, sinon passez votre chemin ou reportez votre lecture en attendant de réunir les conditions voulues ;-)




L’avis plus nuancé de Jules.


Effigie de Alissa York, traduit par Florence Lévy-paoloni, Editions Joëlle Losfeld, Collection Littérature Etrangère, ISBN 2070787575, 07/2008, 413 pages
Par Sentinelle
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander

Présentation

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés