On ne peut plus parler aujourd’hui du roman Les fabuleuses aventures
d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire de l’auteur Vikas Swarup sans mentionner le film qui a été directement adapté du roman, à savoir le long métrage Slumdog Millionaire de Danny
Boyle. Pour rappel, ce film sans vedettes et à petits budget, qui avait failli ne pas être distribué en salle, connaît depuis sa sortie un grand succès public et a obtenu, à la 81e cérémonie de
Oscars, huit statuettes dont celle du meilleur film et du meilleur réalisateur.
Le roman a d’ailleurs largement bénéficié du succès du film : les ventes du livre ont considérablement augmenté depuis le triomphe du long métrage - sa réédition en livre de poche y contribuant
sans nul doute -, alors que le chiffre des ventes n’avait pas vraiment décollé auparavant.
Pour ceux qui n’ont ni lu le roman ni vu le film, sachez qu’il s’agit de l’histoire d’un jeune indien, Ram Mohammad Thomas, qui se retrouve propulser au devant de la scène télévisuelle en
devenant le premier grand vainqueur du jeu Qui veut gagner un milliard de roupies. Comment ce jeune indien, pauvre, inculte, sans éducation ni scolarité, a-t-il pu gagner en répondant à toutes
les questions ? Rapidement soupçonné de tricherie par la production et accusé d’escroquerie, il est sommé de s’expliquer. Il se trouve que ses réponses, il ne les a effectivement pas apprises
dans les livres mais dans l’histoire de sa propre vie !
Afin de s’innocenter, Ram Mohammad Thomas reviendra, et ce pour chaque question posée dans le jeu télévisuel, sur un épisode de sa vie mouvementée pour justifier le fait qu’il connaissait la
réponse à la question sans avoir eu besoin de recourir à la tricherie. Du prêtre louche qui laisse trop volontiers venir à lui les petits enfants à la capricieuse diva de Bollywood, des jeunes
mendiants des bidonvilles de Bombay et de la prostitution aux touristes fortunés du Taj Mahal, au fil de ses rencontres, le jeune homme va apprendre que la fortune sourit aux audacieux...
Je ne vais pas trop m’attarder sur les multiples contestations qu’ont suscitées le roman et le succès du film (trop surestimés pour les uns, trop invraisemblables pour les autres, exaspérant
certains qui détestent voir les projecteurs braqués sur l’immense pauvreté de leur pays et qui ne goûtent guère à ce qu’ils appellent cette « pornographie de la pauvreté », agaçant d’autres qui
n’y voient qu’une vision superficielle et artificielle de l’Inde), on peut comprendre que cette histoire, ne se privant pas de mettre en évidence la face sombre d’une Inde qui ne demande qu’à
briller en mettant en avant sa croissance phénoménale plutôt que sa misère, sa violence et sa corruption, ne fasse pas l’unanimité. Même le titre prête le flan aux contestations, particulièrement
de la part des habitants des bidonvilles qui n’apprécient pas d’être traités de « chien de bidonville » (cf le titre du film Slumdog Millionaire).
Il est vrai aussi qu’il y a quelque chose de typiquement américain dans cette histoire : ce jeune orphelin des bidonvilles se relève à chaque fois de toutes les situations rocambolesques et
souvent tragiques en triomphant de toutes les situations, pour finir par remporter le gros lot dans un jeu TV. Il y a du self-made man et de l’américanisation de la culture indienne dans ce
roman, dans lequel l’amour triomphe de tous les obstacles.
Il n’en reste pas moins que j’ai trouvé le roman plaisant à lire !
L’écriture est certes banale mais on se laisse très facilement embarquer dans les aventures de ce jeune indien des bidonvilles. Il y a beaucoup de malices et de clins d’œil dans ce roman, qui
font que malgré les situations tragiques exposées, une certaine légèreté dans le propos demeure, d’autant plus que nous nous doutons que tout se terminera bien pour le jeune héros malgré les
obstacles qui se dressent sur sa route.
Mais je dois bien avouer, apportant de ce fait du grain à moudre aux détracteurs du film et du roman, que je n’ai pas fait de grandes découvertes concernant l’Inde ! Ce livre ne fait que
confirmer le regard que je porte sur ce pays, à savoir un amalgame de clichés et de poncifs qui ne doivent rien avoir à faire avec la réalité telle qu’elle se présente.
Pour résumer, nous pouvons dire que Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup est un bon roman populaire séduisant et divertissant, tout en n’étant
pas particulièrement substantiel dans sa forme ni dans son contenu.
Et pour terminer mon petit tour d’horizon autour de ce phénomène, je ne résiste pas à vous faire part d’un des effets les plus surprenants du succès du film, que les spécialistes désignent sous
le vocable l’effet slumdog : après le triomphe du film de Danny Boyle, qui met en scène les enfants des bidonvilles de Bombay, l’organisation d’aide aux enfants a constaté une nette augmentation
de l’intérêt des britanniques pour le parrainage des enfants en Inde ! Comme quoi…
Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup, traduit par Roxane Azimi, Editions 10/18, Collection Domaine Etranger, ISBN 2264045337, 08/2007, 363
pages
Ce roman fait partie de la sélection finale du Prix Critiques Libres 2009, catégorie Roman Etranger.
Un peu plus tard, peut-être...