Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 11:54

Charly9.jpgPartant d'un a priori plutôt positif dans la mesure où j’avais bien aimé son précédent roman Le Montespan, la déception à la lecture de Charly 9 ne fut que plus cuisante : tout est survolé, autant les personnages que les événements historiques.  Jean Teulé se contente de nous relater les derniers mois de la vie de Charles IX en apposant une loupe grossissante sur les faits les plus marquants de son règne : guerre de religion, massacre de la Saint Barthélémy, culpabilité et folie du roi, chasse à courre au palais royal, siège de La Rochelle, complots divers, maladie et mort du roi.

 

Tous ces faits brossés à gros traits les uns après les autres ne nous apportent pas grand-chose au final. Exit la truculence des propos, remplacé par la vulgarité et la platitude : on frise rapidement l’overdose de jurons bien de l’époque. Ne parlons même pas de la consistance (ou plutôt son absence) des personnages, qui frise le zéro absolu.

 

J’ai tout de même appris deux trois choses dont la toxicité mortelle du muguet ingéré, l’imposition par le roi du premier janvier comme point de départ de l’an neuf ou la naissance du poisson d’avril pour compenser ce changement de date (l'année nouvelle débutait auparavant le 1er avril). 

 

Un goût de trop peu et un manque de souffle indéniable, je me suis vite ennuyée pendant cette lecture où le regard posé reste toujours extérieur et superficiel. Et pourtant ce sont pas les sujets intéressants qui manquaient mais leur traitement n’est vraiment pas à la hauteur des sujets évoqués.

Par Sentinelle - Publié dans : Littérature francophone
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Vendredi 9 septembre 2011 5 09 /09 /Sep /2011 18:49

Desviesoiseaux.jpg

Mais qui saura d’où je viens ?

 

Une douce mélancolie en toile de fond saupoudrée de quelques touches d’humour teintées de tendres ironies, coup_de_coeur_11.gif l’auteur nous emmène une nouvelle fois dans un pays imaginaire de l’Amérique latine, vaste territoire offrant tous les contrastes (géographiques, climatiques, sociaux) propices au déploiement de l’imagination de Véronique Ovaldé.

 

Ce roman commence là où se terminent en général les contes de fées : un beau prince charmant sort sa princesse d’une ville pouilleuse au milieu du désert pour l’emmener dans son château de la Coline Dollar. Vingt ans ont passé, le beau prince charmant s’est transformé en roi toujours aussi clinquant que superficiel et creux, le palais de la reine vacille tandis que la princesse, leur fille Paloma de 18 ans, s’est fait la malle avec un mauvais garçon.

 

Vida s’est demandé, « Mais d’où vient-il ? D’où vient ce drôle de garçon ? ». Alors que ce n’était pas du tout la bonne question, la bonne question était, « Mais où va-t-il emmener ma fille ?

 

C’est que la Reine Vida a payé le prix fort pour s’extraire de sa condition sociale : femme docile, atone (au point qu’elle aimerait se glisser dans le jardin et disparaître entre les pierres et les agaves dans ses voiles verts), elle s’est contentée de vivre à l’ombre de son mari qui ne s’est jamais intéressé à autre chose qu’aux apparences. La blessure occasionnée par la fuite de Paloma va fissurer à tout jamais cette cage dorée. L’arrivée du lieutenant Taïbo, venu constater que des intrus s’étaient installés sans rien voler dans la somptueuse villa de Villanueva en l’absence du couple, ajoutera sa pierre à ce bel édifice branlant...

 

L’importance des origines et de la transmission, les liens familiaux et conjugaux, la rupture nécessaire pour se débarrasser de ses derniers oripeaux, l’envol indispensable pour déployer ses ailes, l’émancipation des femmes tout simplement.

 

Il n’y a donc jamais d’autre solution que de partir.

 

Véronique Ovaldé aime ses personnages et nous les aimons à travers elle. Notamment Taïbo, ce flic placide à l’empathie encombrante qui n’aime pas poser des questions qui fâchent, souffrant par ailleurs d’un chagrin d’amour qui dure depuis 10 ans. Un homme tranquille mais néanmoins résolu qui sait regarder ce qui l’entoure.

 

Quel beau roman de la rentrée littéraire 2011, peut-être le meilleur à ce jour de Véronique Ovaldé, qui passe à la vitesse supérieure. Nous ne sommes plus dans la fable comme dans son précédent roman : les personnages nous sont plus proches, plus réels, plus palpables, il n’y a plus ce miroir sans tain qui pouvait frustrer certains lecteurs à la lecture de son précédent roman, Ce que je sais de Vera Candida. Mention spéciale pour l’écriture qui contient beaucoup d’incises intercalées entre parenthèses, l’art de la digression qui donne toujours sens, qui précise ce qui a été dit précédemment en apportant une nuance bienvenue, un éclaircissement ou au contraire une interrogation.

 

Une très belle réussite et un très bon moment de lecture.

 

Sur ce blog, du même auteur :

 

51toAoPU3FL._SS500_.jpg CeQueJeSaisDeVeraCandida.jpg

Par Sentinelle - Publié dans : Littérature francophone
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 14:13

Laballadeducafe-copie-1.gifQuatrième de couverture

 

Grande, efflanquée mais redoutablement musclée, Amelia Evans inspire le respect de ses concitoyens : on apprécie autant l'alcool qu'elle distille clandestinement que ses talents de guérisseuse. Le mystère plane cependant autour d’elle. Pourquoi a-t-elle chassé au bout de quelques jours l’homme qu’elle avait épousé ? Et quel rôle tient exactement à ses côtés ce cousin bossu venu de nulle part ?

 

La ballade du café triste, première et principale nouvelle (par le nombre de pages mais aussi par son excellence) de ce recueil, qui en compte sept au total, donne un bon aperçu de l’œuvre de Carson McCullers : besoin d’amour, non-réciprocité des sentiments, incommunicabilité, déchirures, mensonges et trahisons, perte et solitude. Une petite musique mélancolique empreint de tristesse mais aussi de poésie et de délicatesse : tout est dans le détail, l’émotion contenue, la fragilité des sentiments, le murmure étouffé.

 

Les désenchantés de Carson McCullers nous laissent un arrière-goût de désolation, à l’image de son Sud profond natal  : « […] triste, solitaire, un endroit loin de tout, en marge du monde ».

 

A noter l’excellente préface de Jacques Tournier, qui en quelques pages arrivent à nous transmettre son admiration pour Carson McCullers (dont il est traducteur et biographe) tout en nous livrant en quelques mots les clés essentielles pour comprendre son œuvre, souvent d’inspiration autobiographique.

 

Extrait de la nouvelle « La ballade du café triste » :

(…) le cœur des petits enfants est un organe très délicat. Un début cruel dans la vie peut lui donner d’étranges formes. Le cœur d’un enfant blessé peut diminuer tellement qu’il finit par être dur et grêlé comme un noyau de pêche. Mais il peut aussi enfler et s’alourdir, et devenir comme un poids intérieur impossible à supporter, car la moindre chose l’irrite et l’enflamme.

 

 

Nouvelles composants ce présent recueil, par ordre de présentation : La ballade du café triste - Wunderkind - Le Jockey - Mme Zilensky et le roi de Finlande - Celui qui passe - Un problème familial - Une pierre, un arbre, un nuage.

La ballade du café triste, Collection La cosmopolite, 255 pages, mars 2001

 

Du même auteur :

 

Illuminations.jpg  LeCoeurEstUn.jpg  RefletsDansUnOeilDor.jpg FrankieAddams.jpg

Par Sentinelle - Publié dans : Littérature américaine
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Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 13:46

Frissons.jpg Après vous avoir parlé de  Crimes of the future, je poursuis mon exploration des premiers longs métrages de David Cronenberg avec Frissons [Shivers], réalisé en 1975.

 

Le film débute par une annonce publicitaire vantant les mérites d’un complexe immobilier insulaire situé à la périphérie de la ville de Montréal. Ces appartements construits sur une île totalement autonome offrent tous les services modernes possibles et imaginables : panorama fantastique, facilité de parking, équipements électriques dernier cris, piscine olympique, golf, tennis, restaurants, clinique dentaire et clinique privée pilotée par les plus grands spécialistes mondiaux actuels (enfin, c’est ce qui est annoncé mais tout le monde sait que les bandes annonces, c’est du bidon). On se rend compte en même temps que très peu de choses ont vraiment évoluées depuis les années 70 et qu’ils nous présenteraient sans doute la même panoplie à l’heure actuelle. Déjà, ça fout le bourdon cette vision du paradis.

 

Mais très vite, nous quittons cet aspect policé et bien propret pour pénétrer dans la chambre d’une jeune lycéenne en train de se faire trucider par un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Non content de la tuer, il lui inflige une énorme plaie abdominale dans laquelle il se met à lui verser une sorte d’acide avant de lui coller une bande adhésive sur la bouche. Une fois son forfait accompli, le meurtrier se donne lui-même la mort en s’ouvrant la gorge avec un bistouri.

 

C’est le Docteur Roger St. Luc, médecin de la clinique privée de l’île, qui découvrira le corps de la jeune fille et de son meurtrier avant d’appeler les forces de l’ordre.

 

45124507.jpg

 

Il ne faut jamais contaminer une scène de crime avant la venue de la police mais le Dr St Luc, très insulaire dans ses réactions, a la mauvaise idée d’aller voir d’un peu trop près la victime en lui ôtant notamment la bande adhésive qui lui bâillonnait la bouche. « Viens que je te trifouille le gosier et je te dirai qui tu es », tel est sans doute la devise de ce bon docteur qui connait bien ses classiques sauf qu’ici il ne s’agit probablement pas d’une vulgaire amygdalite. Le policier grimace à cette nouvelle tout comme le spectateur qui se dit que c’est vraisemblablement le début de la fin et que la curiosité est décidément un bien vilain défaut.

 

Mais comme cela se fait-il que ce soit justement le Docteur St. Luc qui découvre ces corps mutilés ? Et bien, le Dr St. Luc avait rendez-vous avec le Dr Emil Hobbes, imminent médecin et professeur d’université, pervers et pédophile notoire, auteur d’une théorie un peu bizarre selon laquelle l’être humain serait un animal englué dans ses pensées trop rationnelles au détriment du corps et des instincts primaires. Dr Hobbes l’avait en effet contacté par téléphone dernièrement pour lui faire part de ses dernières trouvailles. Or le Dr Hobbes n’est autre que l’homme qui vient de se suicider après avoir donné la mort à sa maîtresse entretenue dans l’appartement qu’il louait à ses frais. Difficile de partager son savoir dans ces conditions mais qu’importe, le Dr Hobbes finira bien par propager « ses découvertes » avec le reste de l’humanité, qui n’en demandait pas tant.

 

shivers1.jpg

 

 

Après avoir contacté un collègue du Dr Hobbes, le Dr St. Luc apprend que ce dernier se livrait à des expérimentations singulières ayant pour objectif de rendre l’homme plus viscéral que cérébral. Il aurait développé à cette fin une sorte de parasite (combiné d’un aphrodisiaque et d’une maladie vénérienne) et se serait servi de la jeune fille comme cobaye. Le Dr Hobbes ne s'imaginait pas à quel point ce parasite nourri du sang de son hôte se développerait aussi rapidement en remplissant si bien son office : la nymphomanie avérée de sa jeune protégée, transformée en Marie-couche-toi-là, échappe vite à son contrôle et transforme rapidement son appartement en journée portes ouvertes aux habitants de l’immeuble. Parasite qui se transmet d’autant plus facilement qu’il a la bougeotte et profite de quelques escapades en solitaire pour s’introduire dans tous les orifices possibles du corps de ses prochaines victimes (la forme subtilement phalique de la bête n'échappera à personne). Ah la fameuse scène du bain...

 

shivers1-copie-1.jpg

 

Vous l’aurez compris, l’épidémie guette l’île, qui risque de se transformer en un magnifique lupanar cinq étoiles en un temps record.

 

Untitled-1.jpg

 

 

Frissons est le premier « vrai » film de David Cronenberg. Bien moins expérimental que Crimes of the future, il se laisse donc voir plus facilement.

 

Nous y retrouvons déjà tout ce qui fera la renommée du réalisateur : huis clos étouffant et malsain d’un complexe immobilier insulaire, découverte scientifique qui échappe à son créateur, déformation des corps via le développement de protubérances mobiles pathogènes sous forme de grosses larves (représentation assez sexuée de la chose), épidémie ravageuse qui prend possession du corps et de l’esprit de l’espèce humaine et dans laquelle la sexualité joue le premier rôle (référence à la liberté sexuelle de l'époque et crainte des M.S.T., précurseur du sida ?), sexualité dépravée, exacerbée et incontrôlable (mais tout est suggéré, nous ne sommes pas dans un film porno hein), violences et viols, accouchement insolite et confusion des rôles (un homme en proie à la douleur  (à la jouissance ?) de l’enfantement du parasite), notons également que le thème dérangeant de la pédophilie est à nouveau traité dans ce film, tout comme il l’était déjà dans Crimes of the Future. La scène finale dans la piscine fait également penser aux films de zombies de l’époque, lorsque tous les habitants de l’île se jettent les uns sur les autres pour se contaminer au petit bonheur la chance.

 

filmfrissons.jpg

 

Concernant les acteurs, c’est un grand plaisir de retrouver au début du film l’acteur Ronald Mlodzik (le fameux Adrian Tripod de Crimes of the future) dans le rôle de Merrick, dans un registre totalement différent. Un acteur intriguant qui semble avoir complètement disparu de la scène cinématographique depuis la fin des années 70, à mon grand regret.

 

rm01.jpg

C'est drôle mais Ronald Mlodzik a comme un petit air à la Julien Doré sur cette photo ?!?

 

Frissons (Shivers), qui avait été financé partiellement par le contribuable via Telefilm Canada, connu ses détracteurs, dont le journaliste Robert Fulford qui avait publié un article dans lequel il clamait haut et fort : « You should snow how bad this movie is, you paid for it » (traduction : « Vous devez savoir comme ce film est mauvais, vous avez payé pour cela »). Cronenberg connaîtra par la suite des difficultés pour financer ses films ultérieurs et sera même expulsé de son appartement à Toronto en raison de l'inclusion de son propriétaire d'une "clause de moralité » dans le bail. Sa lutte contre la censure et les restrictions budgétaires ne feront que commencer.

 

Sans crier au chef-d’œuvre (faut pas déconner non plus), Frissons reste un film d’horreur de série B qui se laisse regarder sans difficulté pour les fans du genre et les cinéphiles qui veulent découvrir les prémisses d’une œuvre cinématographique. Un film de genre anti-conservateur qui s’amuse à transgresser tous les tabous sexuels de l’époque (vieux/jeune, femme/femme, homme/homme) sous couvert d’une contamination liée à une mutation génétique expérimentale ou représentation de la liberté sexuelle d'une certaine génération doublée de l'angoisse concernant une éventuelle épidémie sexuelle extrêmement virulente et contagieuse ? Un peu de tout cela sans doute...

Par Sentinelle - Publié dans : Cinéma & DVD
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Lundi 5 septembre 2011 1 05 /09 /Sep /2011 09:48

Cliquez sur les couvertures pour accéder aux billets correspondants.

 

Leclubpoche.jpg pocheOlivierAdam

 

Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia, Edition Le Livre de Poche, ISBN-10: 2253159646, 24 août 2011, 727 pages

 

Le coeur régulier de Olivier Adam, Editions Points, ISBN-10: 2757824430, 18 août 2011, 218 pages

Par Sentinelle - Publié dans : Nouvelles parutions : poche et réédition
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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 17:06

images.jpgUn jeune muséographe débarque dans un village éloigné à la demande d’une vieille femme acariâtre qui aimerait lui confier le soin de recenser et de mettre en scène une collection d’objets volés insolites : chaque objet représente un villageois décédé censé le définir au mieux, ultime vestige d’une intimité anonyme dont il ne resterait rien sans cette soustraction quelques heures après la mort de leur propriétaire, à l’insu de leur famille.

 

Un roman lent au charme étrange et envoûtant, une atmosphère inquiétante et oppressante d’un curieux village qui semble être coupé du monde et dont on ne revient jamais, des processions originales comme la fête des pleurs supposé repousser le plus longtemps possible les effets d’un hiver triste et froid, des prédicateurs du silence qui recueillent les confessions des villageois, une bombe qui éclate et des meurtres en série qui contrastent avec la tranquillité apparente de l’endroit.

 

Le devoir de mémoire et la volonté de garder une empreinte du temps qui passe, l’importance de la transmission et de la continuité, la solitude et le silence qui nous entourent, la manipulation et l'incommunicabilité des êtres, les obsessions qui conduisent au fétichisme morbide.

 

 

Un roman idéal pour découvrir l’univers singulier et méphitique de Yôko Ogawa.

 

Quelques extraits choisis :

 

Comme objet personnel, l'homme n'avait laissé qu'un sac de toile tenant dans une main, accroché à sa taille lorsqu'il était venu s'écrouler dans le monastère.  Coupé dans une grossière toile de chanvre et fermé par une ficelle.  Je l'ouvris, étalai son contenu sur la table.

Un peigne, une cuiller, un hameçon et une bille.  C'était tout.  Soin, nourriture, travail, souvenir.  Le plus petit  musée qui personnifie l'homme.

 

 

- Tu as peur de ne plus pouvoir parler avec lui ?

- Je ne sais pas.  C'est que je n'ai aucune idée du silence qui va en sortir.

 

silence.jpg

Par Sentinelle - Publié dans : Littérature japonaise
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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 07:58

un-ete-sans-les-hommes-copie-2.jpgQuatrième de couverture

 

Incapable de supporter plus longtemps la liaison que son mari, Boris, neuroscientifique de renom, entretient avec une femme plus jeune qu'elle, Mia, poétesse de son état, décide de quitter New York pour se réfugier auprès de sa mère qui a, depuis la mort de son mari, pris ses quartiers dans une maison de retraite du Minnesota. En même temps que la jubilatoire résilience dont fait preuve le petit groupe de pétillantes veuves octogénaires qui entoure sa mère, Mia va découvrir la confusion des sentiments et les rivalités à l'oeuvre chez les sept adolescentes qu'elle a accepté d'initier à la poésie le temps d'un été, tout en nouant une amitié sincère avec Lola, jeune mère délaissée par un mari colérique et instable... Parcours en forme de "lecture de soi" d'une femme à un tournant de son existence et confrontée aux âges successifs de la vie à travers quelques personnages féminins inoubliables, ce roman aussi solaire que plaisamment subversif dresse le portrait attachant d'une humanité fragile mais se réinventant sans cesse.

 

Un roman que j'ai bien aimé malgré ses faiblesses : beaucoup d'éléments sont ébauchés mais pas vraiment aboutis, il manque de liant pour tenir l'ensemble. On sent vraiment que ce roman suit le travail effectué pour l'essai intitulé La femme qui tremble : là où l'intellectualisation était légitime dans l'essai, il y prend bien prend trop de place dans le roman. Pourquoi autant intellectualiser lorsqu'elle aborde la féminité ? Trop proche, trop intime ? Besoin de prendre du recul par l'intellect ? Si j'ai aimé les esquisses du roman, il m'a laissé tout de même un goût d'inachevé par son manque de spontanéité : tout me semblait trop réfléchi, trop pensé, trop retenu. Une bonne ébauche donc mais j'attends encore LE roman féministe de Siri Hustvedt, qui peut aller beaucoup plus loin si elle se lâchait un petit peu plus : écrire avec plus de tripes et moins d'esprit et de contrôle. En tout cas, je l'attends avec impatience. Reste la belle écriture et la sensibilité de l'auteure, ce qui n'est pas rien tout de même.

 

Quelques citations choisies :

 

Les gens très âgés se languissent et meurent. Cela, nous le savons, mais les gens très âgés le savent bien mieux que nous. Ils vivent dans un monde de perte continuelle et cela, ainsi que l'avait dit ma mère, c'est cruel.

 

[...] quand j'étais folle, étais-je ou n'étais-je pas moi-même ? Quand une personne en devient-elle une autre ?

 

Seuls les gens âgés ont accès à la brièveté de la vie.

 

Répétition. Répétition, pas identité. Rien n'est répété exactement, même les mots, parce que quelque chose à changé dans celui qui parle et dans celui qui écoute, parce qu'une fois les mots dits et puis redits encore, la répétition elle-même les altère.

 

Les veufs se remarient parce que ça leur facilite la vie. Les veuves non, le plus souvent, parce que leur vie en serait plus difficile.

Par Sentinelle - Publié dans : Littérature américaine
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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 11:10

La légende de nos pères de Sorj Chalandon vient de paraître ce 24 août 2011 dans la Collection Littérature & Documents des Editions Le Livre de Poche. Cliquez sur la couverture pour accéder au billet correspondant.

 

Lalegendedenosperes.jpg

Bonne lecture !

Par Sentinelle - Publié dans : Nouvelles parutions : poche et réédition
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 09:16

melancholia.jpeg Synopsis : Justine et Michael célèbrent leur mariage en grande pompe dans la somptueuse demeure que possèdent sa sœur et son beau frère. Pendant ce temps là, la planète Melancholia se dirige vers la terre…

 

Lars Von Trier et moi, ce n’est pas le grand amour. Mais il ne me laisse jamais indifférente. Aussi n’étais-je plus allée le voir au cinéma depuis Dancer in the dark (2000), film qui m’avait énervée au possible avec ce personnage de suppliciée idiote jouée (merveilleusement) par Bjork, personnage à qui j’avais envie de donner des claques tellement il m’était insupportable de l’accompagner sur son chemin de croix. Et Catherine Deneuve en ouvrière… aussi plausible qu'un Stéphane Bern en ouvrier du bâtiment.

 

Je l’avoue humblement, j’ai un réel problème avec ses personnages de femmes sacrifiées et humiliées, avec cette question lancinante : mais que cherche-t-il à nous montrer derrière ces images de saintes martyrisées ? Je ne peux pas m’empêcher d’y trouver certains relents misogynes, en tout cas ces femmes suscitent toujours en moi beaucoup de violences et de colères, finissant à chaque fois par me dire qu’elles n’ont finalement que ce qu’elles méritent, un comble. Et c’est ce sentiment-là qu’il génère en moi que je reproche au réalisateur.

 

C’est donc avec beaucoup d’appréhension que je suis allée voir Melancholia. Et miracle, j’en suis sortie plutôt satisfaite : j’ai enfin ressenti non plus de la colère mais une certaine compassion envers Justine la mélancolique (jouée par Kirsten Dunst) et sa sœur Claire angoissée par l’éventuelle prochaine collision d’une planète avec la terre (jouée par Charlotte Gainsbourg).

 

Pourtant ce n’était pas gagné d’avance : un scénario qui tient sur quelques lignes, un esthétisme qui peut en rebuter plus d’un, un message douteux au possible, des lenteurs nombreuses et quelques redites, comme ce mariage foireux de la première partie qui fait immanquablement penser à Festen de Thomas Vinterberg : une cérémonie de mariage ratée durant laquelle les masques tombent pour mieux laisser la place aux visages grimaçants. J’entends bien la mélancolie de Justine qui a bien du mal à s’y retrouver entre un père aussi joyeux luron que lâche et inconsistant, une mère froide et cynique, un mari plutôt maladroit, une sœur/beau-frère enfermés dans leur tour d’ivoire et un chef opportuniste dans le milieu publicitaire. Première partie suivie d’une deuxième partie plus science-fiction concernant la fin du monde prochaine assez réussie, sans oublier une intro et un final qui valent à eux seuls le déplacement.

 

Un film donc qui me réconcilie avec les personnages féminins de Lars Von Trier : une femme mélancolique qui demeure à distance de ses proches et des spectateurs, sa sœur plus proche de nous, attachée à la terre et à sa famille. Nous ne sommes plus face à des saintes sacrifiées parce qu’elles le veulent bien mais face à des femmes fragiles qui doutent, qui angoissent, qui se posent question mais qui agissent aussi, malgré le peu de marges de manœuvres dont elles disposent. Elles n’en seront pas moins sacrifiées avec le reste de l’humanité,  nous sommes bien en terrain connu avec un Lars Von Trier qui ne semble toujours pas vouloir se réconcilier avec le genre humain. N'y aurait-il donc vraiment rien à sauver sur notre triste planète ?

 

Quelques mises en tableaux du film, sublimes :

 

melancholia2.jpg

 

melancholia3.jpg

 

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melancholia1.jpg

Par Sentinelle - Publié dans : Cinéma & DVD
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Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 19:50

lsp.jpgQuatrième de couverture coup_de_coeur_11.gif

 

Ce premier roman singulier commence avec la mort d'un mammouth à l'ère glaciaire et finit par une burlesque chasse au porc lors d'un enterrement dans le Midwest d'aujourd'hui. Entre-temps, on aura assisté à deux inondations, à quatorze bagarres, à trois incendies criminels, à une émeute dans une mairie, à une tornade dévastatrice et à l'invasion de méthodistes déchaînés ; on aura suivi la révolte d'une équipe d'éboueurs et vu comment un match de basket se transforme en cataclysme. Tout se passe dans la petite ville de Baker, sinistre bourgade du Midwest ravagée par l'inceste, l'alcoolisme, la violence aveugle, le racisme et la bigoterie. Au centre des événements, John Kaltenbrunner, un enfant du pays, en butte à toutes les vexations, animé par une juste rancoeur. Comment John se vengera-t-il de la communauté qui l'a exclu ? Jusqu'où des années de désespoir silencieux peuvent-elles conduire un être en apparence raisonnable ? Dans un style flamboyant, Le seigneur des porcheries retrace l'histoire de cette vengeance, telle qu'elle est contée, après la mort de John, par un des « humiliés et offensés » qu'il défendait.

 

Nous sommes à Baker, une sinistre bourgade du Midwest ravagée et fossilisée. Les habitants de la ville recourent volontiers à un révisionnisme local pour expliquer les faits tragiques qui s’y sont déroulés, rejetant la faute sur le bouc émissaire idéal, à savoir John Kaltenbrunner, né à Baker mais décrit depuis les faits comme une espèce de monstre abject sorti d’on ne sait où :

Il était impossible que John Kaltenbrunner ait été un fils du pays. Rien à Baker n’avait pu produire une telle abomination… Il ne pouvait pas être un intrus nourri en notre sein, il ne pouvait pas avoir surgi de la cave et être entré par la porte de derrière sans prévenir. Il devait venir d’autre part – ou d’autre chose.

 

Et les rumeurs s’en donneront à cœur joie : John l’avorton/rat, l’immigrant, le fasciste, l’homosexuel, l’immaculée conception. Tout plutôt que de reconnaître John comme l’un des leurs, tout pour se dédouaner et présenter la communauté sous un jour plus seyant.

 

Mais John, figure christique un peu particulière, avait aussi ses apôtres et ceux-ci veulent témoigner par l'entremise d'une version non frelatée, bien qu’impartiale, « des faits tels qu’ils se sont passés ».

 

Nous revenons donc au début des événements et découvrons ce monstre littéraire qu’est devenue pour moi ce John Kaltenbrunner, un concentré d’humanité jeté à la figure, un personnage putride issu de la fange et de la déchéance sociale et communautaire auquel il appartient (n'en déplaise aux révisionnistes de Baker) et qui donnera un bon coup de pied au cul mérité à sa communauté.

 

Quel feu d’artifice, quelle énergie, quelle puissance ! Ce roman énorme, foisonnant, grotesque et démesuré n’offre aucun répit pour reprendre son souffle. Il se dévore, tout simplement. Ce nouveau testament à la Tristan Egolf avec comme figure christique ce John Kaltenbrunner m’a laissée pantelante. Un gros coup de cœur !

 

Le Seigneur des porcheries de Tristan Egolf, Editions Gallimard, Collection Folio, ISBN 9782070414734, 18 octobre 2000, 606 pages

Par Sentinelle - Publié dans : Littérature américaine
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