Mercredi 11 novembre 2009

Nouveau coup de projecteur sur le Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles de Trinh Xuan Thuan. Né à Hanoï au Vietnam et étudiant au California Institute of Technology et à l’université de Princeton où il a obtenu un doctorat en astrophysique, il enseigne cette matière à l’université de Virginie. Il est aussi l’auteur de nombreux livres et best-sellers dont La Mélodie secrète et Les Voies de la lumière.



Présentation de l’éditeur :

Depuis la nuit des temps, les hommes scrutent le ciel, l'interrogent, le poétisent et le dramatisent. Tout dans l'univers change, bouge, et a une histoire. L'univers a un début, il a un présent et il aura un futur. Les étoiles sont impermanentes, elles naissent, vivent leur vie et meurent. Pas à l'échelle du temps d'une vie humaine de cent ans mais sur des millions, voire des milliards d'années. Comment l'infiniment petit a-t-il accouché de l'infiniment grand ? Comment l'univers tout entier avec ses centaines de milliards de galaxies a-t-il jailli d'un vide microscopique ? Comment le soleil et la lune sont-ils apparus ? Nous sommes tous des poussières d'étoiles, nous sommes donc les enfants du temps.

Extrait :

« La théorie de la relativité d’Einstein nous dit que plus on va vite et plus le temps ralentit, jusqu’à s’immobiliser complètement quand la vitesse de la lumière est atteinte. Ainsi, pour la lumière, le temps est figé. Il ne passe plus. Seule la lumière a trouvé le secret de la fontaine de Jouvence : elle seule ne vieillit jamais, car elle seule voyage à travers l’espace à la vitesse de 300 000 kilomètres par seconde. On peut dire que le temps n’existe plus pour la lumière. »

La revue de presse Françoise Monier - Lire, septembre 2009

Qui ne serait pas amoureux du ciel et des étoiles ? Il suffit de lever les yeux vers ce plafond constellé de points lumineux pour en ressentir la beauté et s'interroger sur ce qui se cache au-delà de l'horizon. L'astrophysicien Trinh Xuan Thuan a excellemment réussi cet exercice de haute voltige que constitue la formule du «dictionnaire amoureux». Décliner toutes les facettes d'un sujet en donnant envie d'aller toujours plus loin. Mêler la science à la littérature et à la réflexion, tout en faisant comprendre les concepts les plus ardus de la physique et des mathématiques actuelles !...
Enfin, TXT aborde les débats sur les rapports entre la science, la spiritualité et les religions. Un domaine périlleux, loin de la science dite «dure». Pour lui, qui ne s'est jamais caché d'être bouddhiste, la science ne peut pas tout dire. «Il faut une autre fenêtre pour contempler le monde.»

Présentation, autres extraits, avant-propos et Table des Matières ici.



Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles de Trinh Xuan Thuan, Edition Plon, ISBN 2259201113, 08/2009, 1076 pages
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Lundi 2 novembre 2009
Quatrième de couverture

Eléazard von Wogau, héros inquiet de cette incroyable forêt d'histoires, est correspondant de presse au fin fond du Nordeste brésilien. On lui laisse un jour un fascinant manuscrit, biographie inédite d'un célèbre jésuite de l'époque baroque. Commence alors une enquête à travers les savoirs et les fables qui n'est pas sans incidences sur sa vie privée. Comme si l'extraordinaire plongée dans l'univers d'Athanase Kircher se répercutait à travers les aventures croisées d'autres personnages, tels Elaine, archéologue en mission improbable dans la jungle de Mato grosso, Moéma, étudiante à la dérive, ou bien Nelson, jeune gamin infirme des favelas de Pirambu qui hume le plomb fondu de la vengeance.

Nous sommes au Brésil, dans le pays des démesures. Nous somme aussi dans la terra icognita d'un roman monstre. On songe au réalisme magique des Borges et Cortazar, à Italo Calvino ou Umberto Eco, ou encore Potocki et son Manuscrit trouvé à Saragosse, sans jamais épuiser la réjouissante singularité de ce roman palimpseste qui joue à merveille des mises en abyme et des vertiges spéculaires.


J’ai lu ce gros pavé - près de 800 pages - comme un roman feuilletonesque, reprenant chaque jour ma lecture en lisant un chapitre ou deux, contente de retrouver tous ces personnages et de poursuivre mon voyage dans le temps - à la lecture du manuscrit inédit trouvé à la Bibliothèque nationale de Palerme, datant du XVIIe siècle et portant sur le très célèbre (à son époque du moins) Athanase Kircher, mais également dans l’espace - le Nordeste brésilien contemporain occupant la place centrale de ce récit dantesque (surtout dans sa dernière partie) et picaresque à la fois.

Ce roman est très difficile à résumer de par sa richesse, sa complexité, son foisonnement et son érudition : roman d’aventure mais aussi psychologique, philosophique, historique, politique, il y en a pour tous les goûts ! Sachez néanmoins que nous suivons la destinée de plusieurs personnages plus ou moins entremêlés et que l’auteur ne se prive pas de faire quelques parallèles entre l’époque baroque et la société contemporaine, que ce soit au niveau des croyances, des rites, des prises de drogues hallucinogènes, de la quête des origines et de la vérité, de la recherche d’un savoir et d’un idéal souvent trompeur et finalement assez décevant. Sachez également que ce roman sombre petit à petit dans une certaine noirceur et un pessimisme certain, pouvant désarçonner et troubler quelque peu le lecteur…

Un regret tout de même : j’aurai aimé mieux connaître les personnages, qui manquaient parfois un peu d’épaisseur et d’espace pour se mouvoir et se développer comme ils l’auraient mérité. Cela peut sembler paradoxal vu le nombre conséquent de pages du roman mais il aurait peut-être fallu soit restreindre le nombre de personnages soit leur laisser plus d’espace pour leur permettre de se déployer pleinement, ayant eu trop souvent le sentiment de les survoler alors que j’aurai tant voulu m’attarder un peu plus à leurs côtés. Même frustration en ne sachant pas trop ce que deviendront certains personnages à la fin du récit, ayant eu l’impression de les abandonner un peu trop rapidement à mon goût.

A noter que les éditions Zulma nous offrent là un beau livre dans tous les sens du terme, ayant eu beaucoup de plaisir au toucher des pages et de la couverture. Et bien oui, je suis sensible à ce genre de détails qui apportent un plus et qui participent grandement à mon plaisir de lectrice ;-)

Et pour terminer ce billet, une petite citation piochée dans ce roman fleuve, tellement pleine de véracité et de bon sens :


« La certitude d’être dans son bon droit est toujours le signe d’une vocation secrète pour le fascisme ».In Carnets d’Eléazard, chapitre XII, p. 303

Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès, Editions Zulma, ISBN 284304457X , 08/2008, 774 pages

Prix Médicis 2008, Prix de la Fnac 2008 et Prix Jean Giono 2008.




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Samedi 31 octobre 2009
Pendant la canicule de l’été 1976, dans la campagne oxonienne, une jeune femme rend visite à sa mère, dont les propos la désarçonnent. Que penser en effet quand votre mère si anglaise, si digne, vous annonce tout de go qu’elle n’est pas Sally Gilmartin mais Eva Delectorskaya, une émigrée russe et une ex-espionne de haut vol ? Et pourtant Ruth Gilmartin doit s’y résoudre : tout est vrai. Depuis trente et quelques années, pour tenter de retrouver la sécurité, voire sauver sa peau, Sally-Eva a échafaudé avec soin le plus vraisemblable des mensonges. Au fil de la lecture du mémoire que lui remet sa mère, Ruth voit sa vie basculer. À qui se fier ? À personne justement, comme le voulait la règle numéro un du séduisant et mystérieux Lucas Romer qui a recruté Eva en 1939 pour les services secrets britanniques. Mais Ruth comprend. Si Eva se découvre maintenant, c’est qu’elle a besoin de l’aide de sa fille pour accomplir sa dernière mission : régler une fois pour toutes son compte à un passé qui, du Nouveau-Mexique à un petit village de l’Oxfordshire, s’acharne à vouloir rattraper une vie, déjà depuis longtemps, habitée par la peur.

Les nombreux billets parus sur ce roman m’avaient donné envie de le lire, et grand bien m’en a fait. Quel bon roman d’espionnage que voilà : suspense, portraits intimistes, rythme bien mené, finesse et ton juste, faits historiques admirablement romancés, écriture fluide, un roman qu’on ne lâche plus dès les premières lignes et qui procure un très agréable moment de lecture, idéal pour se détendre sans être dénué d’intérêt dans la mesure où je ne connaissais pas les faits historiques évoqués (à savoir les manipulations diverses de l’opinion publique américaine par les services secrets britanniques – la BSC - dans les années 39-41 afin d’amener les Etats-Unis à rejoindre l’Angleterre dans le conflit européen en vue d’écourter la guerre et d’accélérer la victoire contre l’Allemagne nazie).

Autant j’avais été déçue à la lecture de son recueil de nouvelles paru en 2005 « La femme sur la plage avec un chien » (constituant de ce fait une très mauvaise entrée en matière dans l’œuvre de Boyd), autant je vous conseille « La vie aux aguets » du même auteur. Je suis donc plus que partante pour lire d’autres histoires de William Boyd mais vu qu’il semble capable du meilleur comme du pire, n’hésitez surtout pas à me conseiller l’un ou l’autre de ses romans que vous avez particulièrement apprécié.

D’autres avis chez BOB.

La vie aux aguets de William Boyd, traduit de l’anglais par Christian Besse, Edition Seuil, Collection Cadre Vert, ISBN 2020872323, 02/2007, 332 pages
Paru en Collection Poche chez Points, ISBN 2757807102, 02/2008, 396 pages





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Lundi 26 octobre 2009

Quatrième de couverture

Quelque part dans une Amérique du Sud imaginaire, trois femmes d'une même lignée semblent promises au même destin : enfanter une fille et ne pouvoir jamais révéler le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida. Elles sont toutes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, téméraires mais sujettes aux fatalités propres à leur sexe. Parmi elles, seule Vera Candida ose penser qu'un destin, cela se brise. Elle fuit l'île de Vatapuna dès sa quinzième année et part pour Lahomeria, où elle rêve d'une vie sans passé. Un certain Itxaga, journaliste à L'Indépendant, va grandement bouleverser cet espoir. Un ton d'une vitalité inouïe, un rythme proprement effréné et une écriture enchantée. C'est ce qu'il fallait pour donner à cette fable la portée d'une histoire universelle : l'histoire des femmes avec leurs hommes, des femmes avec leurs enfants. L'histoire de l'amour en somme, déplacée dans l'univers d'un conte tropical, où Véronique Ovaldé a rassemblé tous les thèmes - et les êtres - qui lui sont chers.

Véronique Ovaldé avait déjà retenu mon attention lors de la lecture de son roman « Déloger l’animal », paru en 2005. Un sujet original à l’atmosphère étrange, mélancolique et onirique, le tout porté par une plume poétique et une auteure que j’allais suivre sans aucun doute. Et puis j’ai lu « Et mon cœur transparent », paru en 2008. Alors là, déception ! Je suis restée sur les quais, tellement d’ailleurs que je me souviens à peine de cette lecture, qui n’a décidément pas laissé beaucoup de traces dans ma mémoire. J’avoue ma lâcheté : je n’ai pas voulu écrire un mauvais billet sur ce roman, appréciant l’écriture de l’auteure et me disant que c’était peut-être de ma faute si j’étais passée à côté d’un roman qui a tout de même su trouver son public et qui reçu le Prix France Culture/Télérama 2008. Cette impression mitigée à la lecture de son avant dernier roman ne m’a donc pas du tout détournée de Véronique Ovaldé, et c’est avec curiosité que je me suis lancée à la lecture de son très remarqué dernier roman « Ce que je sais de Vera Candida », sélectionné pour le prix Goncourt 2009.

Autant le dire tout de suite, j’ai passé un très bon moment de lecture, ayant retrouvé avec plaisir la plume gracieuse et poétique de Véronique Ovaldé ainsi que son ton particulier où l’atmosphère mélancolique et onirique se font la part belle, avec cette touche originale de réalisme magique qui la distingue de la plupart des écrivains français contemporains. Avec ce roman sur la filiation et la transmission, la féminité et la maternité, la fragilité et la faiblesse des femmes mais aussi leur désir d’émancipation et leur rage de vivre malgré le poids du passé, Véronique Ovaldé m’a conquise définitivement !

Extrait :


« Les vies se transforment en trajectoire. Les oscillations, les hésitations, les choix contrariés, les déterminations familiales, le libre arbitre réduit comme peau de chagrin, les deux pas en avant trois pas en arrière sont tous gommés finalement pour ne laisser apparaître que le tracé d’une comète. C’est ainsi qu’Itxaga devint peu à peu ce qu’il est encore et que, de loin, on ne pouvait lui imaginer une autre vie que la sienne. »


D’autres avis sur Blog-O-Book.


Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé, Editions de l’Olivier, ISBN 287929679X, 08/2009, 292 pages


Lire aussi le billet suivant :




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Lundi 26 octobre 2009
An Pierlé est une chanteuse belge, d'expression neerlandaise. Entourée par le White Velvet Band, dont fait partie Koen Gisen, cette chanson fait partie de la bo du film Eldorado du réalisateur Bouli Lanners.


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Lundi 19 octobre 2009

Nouveau coup de projecteur sur la sortie d’une nouvelle inédite de Stefan Zweig,
Un soupçon légitime, écrite lors de son séjour en Angleterre. Sans nul doute que le succès du court récit "Le voyage dans le passé" ait conduit à son tour à l’exhumation de ce nouvel inédit.



Ce qu’en dit l’éditeur :

« Betsy et son mari, couple de jeunes retraités, mènent une existence solitaire et tranquille jusqu’au jour où emménagent leurs nouveaux voisins, les Limpley. John Charleston Limpley est un homme débordant d’enthousiasme, bavard et expansif, qui attire immédiatement la sympathie. Cette vitalité se révèle pourtant vite épuisante, y compris pour sa propre femme. Pour le réconforter, Betsy lui offre un chiot, Ponto. Limpley se prend d’une passion dévorante pour l’animal. Les rôles s’inversent et Ponto devient le maître, habitué à voir ses moindres caprices satisfaits. Betsy ne supporte pas cette tyrannie, et ses relations avec les Limpley se refroidissent. C’est alors que Mrs. Limpley tombe enceinte. Limpley oublie son chien et, toujours dans la démesure, se consacre tout entier à sa femme et à sa fille. Ponto, délaissé, ne comprend pas cette indifférence et éprouve bientôt une rancœur grandissante à l’égard de son maître et de l’enfant… »

« Dans cette nouvelle angoissante, inédite en français, on retrouve le style inimitable de Zweig et sa finesse dans l'analyse psychologique. Comme dans Lettre d'une inconnue ou Le joueur d'échecs, il dépeint avec virtuosité les conséquences funestes de l'obsession et de la démesure des sentiments. »




Un soupçon légitime de Stefan Zweig, traduit de l’allemand par Baptiste Touverey, Editions Grasset & Fasquelle, ISBN 2246756111, 14 octobre 2009, 139 pages
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Lundi 19 octobre 2009

Elif Shafak nous parle de la maternité dans ce récit autobiographique dans lequel l’auteur s’interroge quant à la possibilité de pouvoir combiner maternité et écriture, en évoquant le choix de vie de quelques grandes dames de la littérature telles que Virginia Woolf, Simone de Beauvoir, George Sand, Doris Lessing, Ursula K. Le Guin, Zelda Sayre Fitzgerald et d’autres poètes ou romancières turques moins connues sous nos latitudes. Un constat s’impose, il n’y a pas de réponse toute faite à cette question ni de lignes directrices majeures mais une multitude d’aménagements et d’accommodements divers, propre à chaque femme.

« Une règle est restée inchangée jusqu’à nos jours : les écrivains masculins sont avant tout perçus comme des écrivains, ensuite comme des hommes. Quant aux femmes écrivains, elles sont d’abord femmes, puis écrivains. »

La question de l’écriture et de la maternité sera également exploitée de manière originale et humoristique par le biais des ‘petites voix intérieures’ de l’auteur, chaque voix représentant une facette de sa personnalité et s’exprimant par l’intermédiaire d’une petite créature têtue et indocile : six avatars répondant aux doux noms de Miss Cynique lntello, Miss Ego Ambition, Miss Intelligence Pratique, Darne Derviche, Maman Gâteau et Miss Satin Volupté. Six dames qui tenteront, chacune à leur tour, de s’imposer aux autres avec tous les dégâts que cela occasionnera, notamment lors de l’épisode dans lequel Miss Cynique lntello et Miss Ego Ambition s’allieront pour fomenter un putsch afin de prendre la direction du Chœur des voix intérieures.

Mais l’amour en décidera autrement et un an et demi après son mariage, Elif Shafak se retrouve enceinte. Le récit prend à ce moment là la forme d’un journal de grossesse dans lequel l’auteur revient, semaine après semaine, sur son état mais aussi ses angoisses, pensées, peurs et appréhensions diverses, certaines expériences se révélant très ‘couleurs locales’ :


« 38e semaine

Cette semaine, j’ai compris et dû admettre que le corps d’une femme enceinte ne lui appartient pas en propre mais appartient à la société. A toutes les femmes de la société, plus exactement. Chaque fois que je sors dans la rue, il faut toujours que de parfaites inconnues viennent me toucher mon ventre. J’ai beau vouloir m’esquiver, leurs mains tâtent et tapotent mon bidon.

[…] Dans la rue, dans le minibus, dans les ferrys, dans les cafés, je vois sans cesse des femmes venir vers moi, me poser des questions et y aller de leurs commentaires. Elles me font part de leurs propres expériences et de ce qu’elles ont entendu dire. Si par hasard l’une d’elles mange quelque chose à côté de moi, elle m’en offre aussitôt la moitié. J’ai beau refuser, rien n’y fait, elles insistent. Si bien que, toute la journée, je me promène en mangeant la moitié des sandwichs, des pâtisseries et des kokoreç des autres. Le fait que nous ne nous recroiserons probablement plus jamais n’a aucune espèce d’importance. En présence de la grossesse, il n’y a plus de formalités. Ni formalités ni intimité.»


Après l’accouchement, Elif Shafak connaîtra une longue dépression, plus connue sous le nom dépression postnatale ou dépression post-partum :

« L’après-accouchement est une mer si vaste que tu ne saurais dire de quel côté se trouve le rivage. Tu te réveilles et te retrouve sur un radeau au beau milieu de l’océan. Le bleu des eaux exerce un tel empire sur ton âme que tu penses ne plus jamais pouvoir rejoindre la civilisation ni jamais redevenir comme avant. »

Cette dépression post-partum sera également abordée de manière très pratique, par le biais d’un test (souffrez-vous de dépression après votre accouchement ? Pour le savoir, répondez à ce test) mais également par celui des différents traitements envisageables.

« Lait noir » de Elif Shafak est un récit très réussi qui traite en profondeur du sujet délicat de la maternité, sans pour autant être dénué d’humour et de légèreté. Une belle découverte en ce qui me concerne, n’ayant jamais lu l’auteur auparavant. Etant toujours très méfiante à l'égard des grands succès populaires, rencontrant rarement mes attentes, je n’ai toujours par lu ses deux romans les plus connus, à savoir « La Bâtarde d'Istanbul » et « Bonbon Palace », deux romans que je me déciderais peut-être à lire finalement, tant ce récit m’a plu.


D’autres avis : Amanda Meyre, Sylvie et Bookomaton


Lait noir de Elif Shafak, traduit par Valérie Gay-Aksoy, Editions Phébus, Collection Littérature Etrangère, ISBN 2752903782, 08/2009, 345 pages

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille également :




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Lundi 19 octobre 2009


Cela faisait longtemps que je n'avais plus proposé un intermède musical, alors je vous propose aujourd’hui le superbe « Back To Black » de Amy Winehouse, disponible sur l’album du même nom (qui est une petite merveille à écouter).





Le clip se trouve ici et une session live au tempo plus rapide ici.


Bonne écoute !
Par Sentinelle - Publié dans : Musique
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Mardi 13 octobre 2009

Si la figure centrale du livre est bien évidemment Jan Karski, ce récit s’articule également autour de plusieurs axes principaux tels que le devoir et la responsabilité du témoin, la question polonaise, l’extermination des juifs et la complicité passive des Alliés qui ‘savaient’.

Un récit découpé en trois parties qui se complètent et se juxtaposent afin de mieux approcher le parcours insensé d’un homme porteur d’un message ultime qu’il ne cessera de clamer à la surface du monde, un homme devenu malgré lui un personnage digne de la mythologie grecque, ne devant rien envier à cette pauvre Cassandre douée du don de prophétie mais condamnée à ne jamais être entendue.

La première partie reprend le témoignage de Jan Karski face à la caméra de Claude Lanzmann lors du tournage de La Shoah , la deuxième partie est un résumé de l’autobiographie de Jan Karski et la troisième partie est celle romancée par Yannick Haenel, chaque partie n’étant jamais redondante par rapport à l’autre mais offrant un éclairage différent et complémentaire.

Une évidence s’impose : la vie de Jan Karski est absolument incroyable, et le résumé de son autobiographie dans la deuxième partie n’est pas de trop pour nous aider à mieux comprendre et saisir le chemin parcouru par Jan Karski durant la guerre : prisonnier par les Soviétiques, remis aux mains des Allemands, il s’évade et rejoint la Résistance avant d’être repris par la Gestapo pour mieux s’évader une nouvelle fois et rejoindre définitivement la Résistance.

Jan Karski aborde souvent la question polonaise et son sentiment d’injustice lorsque les Alliés abandonne la Pologne, que ce soit lors du démantèlement du pays que lors de l’insurrection de Varsovie, laissant les Polonais se faire massacrer. Une Pologne continuellement abandonnée par l’Europe, par l’histoire, par la mémoire du temps. Pourtant, la Pologne n’a aucune leçon a recevoir de personne : son gouvernement n’a jamais pactisé avec l’occupant nazi et la résistance s’est mise en place dès l’invasion des communistes et des nazis.

Mais pendant que la Pologne vit une guerre d’occupation, le peuple juif polonais est confronté à la fin du monde et à l’extermination. Et c’est bien sa rencontre avec deux hommes juifs, un sioniste et un leader du Bund, qui changera à jamais sa destinée. Ces hommes ont besoin d’un témoin afin qu’il prévienne les Alliés que les Juifs d'Europe sont en train de se faire exterminer.

Jan Karski veut les aider : il fera un rapport à Londres et parlera du sort des juifs aux membres des gouvernements anglais et américains, qui - sans défense - ont besoin que les puissances alliés leur viennent en aide. Il ne se contentera pas d’être un simple porte-parole mais deviendra un témoin oculaire, de manière a être le plus convainquant possible aux yeux du monde pour demander leur intervention. Pour ce faire, ces deux hommes lui proposent de se rendre avec eux dans le ghetto de Varsovie, en y pénétrant par un passage secret qu’utilise la Résistance : une maison dont la porte d’entrée donne à l’extérieur du ghetto et dont la cave mène à l’intérieur.


« Cette maison, écrit Jan Karski, était devenue comme une version moderne du fleuve Styx qui reliait le monde des vivants avec le monde des morts. »

Pour délivrer son message, Jan Karski n’hésitera pas à traverser l'Europe en guerre, alerter les Anglais et rencontrer le président Roosevelt en Amérique. Un témoignage qui sera écouté mais jamais entendu par les élites, un témoignage qui ne changera rien, qui n’ébranlera pas la conscience du monde, qui n’empêchera pas l’extermination de la population juive d’Europe, alors que les Alliés ‘savaient’ mais préféraient faire semblant de ne pas savoir : jouer l’ignorance était bien plus facile pour justifier une non-intervention. Pour Jan Karski, ne rien vouloir savoir, c’était nier son indifférence au sort de milliers de juifs, ne rien vouloir savoir, c’était les laisser se faire exterminer afin d’éviter leur rapatriement, ne rien vouloir savoir, c’était enfin devenir complice passivement de cette barbarie.

« […] j’ai compris qu’il ne serait plus jamais possible d’alerter la « conscience du monde », comme me l’avaient demandé les deux hommes du ghetto de Varsovie ; j’ai compris que l’idée même de « conscience du monde » n’existerait plus. C’était fini, le monde entrait dans une époque où la destruction ne trouverait bientôt plus d’obstacle, parce que plus personne ne trouverait rentable de s’opposer à ce qui détruit. »

La lecture de « Jan Karski » de Yannick Haenel m’a demandée du temps, non pas que le récit soit long mais parce que j’avais besoin d’interrompre ma lecture pour reprendre mon souffle. Je pourrais d’ailleurs vous en parler encore et encore, citer de nombreux autres passages sensibles, prenants, émouvants, percutants. Lisez-le plutôt !


Jan Karski Georgetown Campus


« Lorsque une fois dans sa vie on a été porteur d’un message, on l’est pour toujours. Au moment où vous fermez l’œil, à ce moment précis où le monde visible se retire, où vous êtes enfin disponible, les phrases surgissent. Alors la nuit et le jour se mélangent, à chaque instant le crépuscule se confond avec l’aube, et les phrases en profitent. La voix tremble un peu, comme une petite flamme. On y croit à peine, on a du mal à la concevoir, mais elle est bien vivante, et quand elle se met en mouvement, ça fait une brève incandescence, quelque chose de timide et rapide à la fois, d’incontestable, qui passe par le chas d’une aiguille. Vous reconnaissez tout de suite la voix des deux hommes du ghetto de Varsovie : comme tous les messagers, vous êtes devenu le message. Jamais un seul jour de ma vie je n’ai réussi à penser à autre chose qu’au message du ghetto de Varsovie, toute ma vie je n’ai fait que penser à ça : penser au message de Varsovie, et lorsque je croyais penser à autre chose, c’est au message de Varsovie que je pensais.» [p.118-119]

L'avis de Bene, aussi conquise que moi. Esmeraldae nettement moins.

Jan Karski de Yannick Haenel, Editions Gallimard, Collection L’infini, ISBN 2070123111, 09/2009, 186 pages
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Lundi 12 octobre 2009
Je vais inaugurer une nouvelle rubrique : présentation d'un roman, document ou essai qui me tente particulièrement, qui vient de sortir mais que je n'ai pas encore lu.

Si vous aimez beaucoup la littérature de la Mitteleuropa, vous ne pouvez que vous laisser tenter par ce nouveau Atlas littéraire des pays d'Europe centrale et orientale de Claude Bouheret qui vient de paraître ce premier octobre 2009.


Présentation de l'éditeur :

D'Ivo Andrié à Stephan Zweig, de Leopold Andrian à Lajos Zilahy, cet atlas littéraire, géographique et historique, situe dans l'espace et dans le temps les grands écrivains d'Europe centrale et orientale, depuis la fin du siècle des Lumières jusqu'à l'époque de la guerre froide. Sous la forme d'un dictionnaire illustré de cartes et de photographies, il présente cent trente-trois romanciers, poètes et mémorialistes, traduits et publiés en français, qui ont écrit dans leur langue maternelle (albanais, allemand, bulgare, hongrois, italien, polonais, roumain, serbo-croate, slovène, tchèque, yiddish) et quelquefois dans une langue d'adoption (anglais, français ou hébreu). Il propose également certains toponymes - villes ou régions - réels ou imaginaires, qui ont joué un rôle important dans ces littératures et sont devenus autant de lieux de mémoire : de la Cacanie de Musil au Yiddishland de Singer, en passant par la Bucovine, la Bohême et la Transylvanie. Appartenant à des pays qui ont changé de frontières au fil du temps, issus de nations soumises aux événements les plus tragiques de l'histoire de l'Europe, ces écrivains cosmopolites et polyglottes, juifs pour un grand nombre d'entre eux, connurent souvent des destinées exceptionnelles.




Mais aussi Mircea Eliade, Italo Svevo, Herman Broch, Elie Wiesel, Ionesco, Koestler...
Alléchant, n'est-il pas ?



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