Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 10:25

 

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Premier volet de la trilogie et premier film du réalisateur Nicolas Winding Refn.

 

Synopsis : A Copenhague, Frank vend de l’héroïne et fréquente le milieu de la petite criminalité. Sa dette envers le trafiquant serbe Milo l’incite à tenter un gros coup. Mais la police fait irruption pendant la transaction, et au cours de la poursuite qui s’ensuit, Frank perd à la fois la marchandise et l’argent. De rage, Frank expédie à l’hôpital son acolyte Tonny. Mais Milo commence à s’impatienter et se fait menaçant…

 

Que dire de ce premier opus ? Mon sentiment est mitigé, j’y ai vu une sorte de sous-tarantino dopé au Dogme95 mais pas seulement, il a aussi son petit quelque chose en plus, c’est indéniable.

 

Pourquoi du sous-tarantino ? Ben c’est moins bon que son illustre prédécesseur mais on retrouve toutes ces petites scènes intimistes, ces discussions entre potes qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue mais qui donnent un petit supplément d’âme à ces revendeurs à la petite semaine. Importance aussi de l’univers musical du film.

 

Pourquoi Dogme95 ? Tout le film est tourné caméra à l’épaule, prise directe et que je te zoome, que je te dézoome, et que je passe de l’un à l’autre, et que je te contourne, et que je te cadre à moitié bref ça se veut cracra, inesthétique, vif, brutal, nerveux et ça l’est. Image flottante pour une attention flottante aussi en ce qui me concerne, je ne suis pas toujours parvenue à rester aussi concentrée que je l’aurais voulu.

 

J’ai pensé aussi au film "C’est arrivé près de chez vous" de Rémy Belvaux tant finalement on n’oublie jamais la personne en train de filmer les scènes même si elle n’est jamais visible en tant que telle. Un peu comme si on assistait à une sorte de reportage sur les dealers, donnant un côté très réaliste et très cru à l’ensemble.

 

Le meilleur du film ? La direction des acteurs, indéniablement. Les bas-fond plus vrais que nature. Et une tension paroxystique à la fin qui donne un final qui a vraiment de la gueule wouah quel plan sur le visage de l’acteur. On est dedans à ce moment-là, totalement à ses côtés et on flippe à mort, on est paumé de chez paumé tout en se préparant à bouffer le bitume. Très prenant, très dur, très émouvant aussi. Un final qu’on ne risque pas d’oublier tant il est intense à tous point de vue.

 

En conclusion, un premier film d’un réalisateur qui se cherche encore, mais ambitieux à mort tant on sent qu’il veut (et va) poser ses marques très rapidement. Pour public averti, cela va sans dire : c’est glauque, violent, pesant, nous sommes conviés à une véritable descente aux enfers, ni plus ni moins.

 

Quelques images qui donnent le ton :

 

Pusher II 2004 4

 

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Filmographie du réalisateur :

 

* 1996 : Pusher

 

* 1999 : Bleeder

 

* 2003 : Inside Job (Fear X)

 

* 2004 : Pusher 2, du sang sur les mains (Pusher II)

 

* 2005 : Pusher 3, car je suis un ange de la mort (Pusher III)

 

* 2008 : Marple - Nemesis (téléfilm)

 

* 2009 : Bronson

 

* 2010 : Le Guerrier silencieux (Valhalla Rising)

 

* 2011 : Drive

 

* 2012 : Only God Forgives

Par Sentinelle - Publié dans : Cinéma & DVD
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 09:11

mzi.ikksjykh.225x225-75.jpgPrésentation de l'éditeur

 

Au XXVIIIesiècle, sur la planète Hypérion, les dangers s'amoncellent. Celui de la guerre avec l'approche de la flotte des Extros en perpétuel conflit avec l'Hégémonie. Celui du gritche, figure mythologique et meurtrière que révère l'Eglise des Templiers. Celui de l'ouverture des Tombeaux du Temps qui dérivent de l'avenir vers le passé à la rencontre d'une imprévisible catastrophe.

 

Dans l'espoir de sauver Hypérion et d'accomplir leurs destins suspendus, sept pèlerins se dirigent ensemble vers le sanctuaire du gritche. Il y a le père Lenar Hoyt, prêtre catholique, qui a vu l'enfer ; le colonel Kassad, dit le Boucher de Bressia, à la recherche d'un rêve ; Martin Silenus, le poète, qui a connu la Vieille Terre et perdu les mots ; Brawne Lamia, la belle détective, qui a aimé un John Keats synthétique : le Consul qui a régné sur Hypérion ; Sol Weintraub, l'érudit, dont la fille perd des années ; et le Templier Het Masteen, qui garde ses secrets.

 

Autant d'énigmes, autant d'histoires, qu'ils choisissent de conter avant d'affronter les labyrinthes d'Hypérion. Autant de styles différents.

 

Le cycle d'Hypérion comprend au total quatre volumes. Ce cycle est en fait divisé en deux parties :

 

1e partie -  Les Cantos d'Hypérion, comprenant les deux premiers volumes dont le présent tome Hypérion (1989) et sa suite, La Chute d'Hypérion (1990).

 

2e partie -  Les Voyages d'Endymion, comprenant des deux derniers volumes dont Endymion (1995) et L'Éveil d'Endymion (1997).

 

Ce cycle est considéré comme une des œuvres majeures de la science-fiction, rien de moins.

Autant vous dire que ses lettres de noblesse, le genre space opera et la longueur du cycle m’ont longtemps rebutée : trop complexe ? trop ardu ? manque de références ? manque de temps ? enfin bref, il m’a longtemps fichue la trouille ce cycle, par crainte aussi d’être déçue par un auteur dont j’aime en général sa veine essentiellement fantastique.

 

Je me suis donc enfin plongée dans ce premier tome Hypérion, pour le meilleur comme pour le pire pourrait-on dire. Car complexe, il l’est à plus d’un titre ! Après un début tonitruant, on se rend compte rapidement que cette lecture ne sera pas aisée tant il mélange allégrement les genres (je n’essaye même pas d’en faire une liste exhaustive) et les styles, à tel point que j’avais parfois l’impression de devoir recharger mes batteries pour entamer chaque nouveau chapitre (chaque chapitre reprenant les aventures antérieures d’un des sept pèlerins).

 

Mélange de genres, de styles mais aussi truffé de références religieuses, mythologiques, poétiques sans oublier une réflexion sur la littérature et la créativité en général.

 

Alors Dan Simmons est-il un génie ou un imposteur patenté ? Car la question finit irrémédiablement par se poser, même si la réponse est loin d’être évidente : oeuvre à part entière d'un auteur surdoué qui surpasse tous les styles en démontant les rouages de la littérature ou exercices de démonstration, compilateur éhonté et manipulateur assumé ? 

 

Au final, un roman clinquant, parfois flamboyant et profond, d’autres fois bancal, creux et décousu, un premier tome qui prend aux tripes à certains passages, qui laissent de marbre à d’autres bref un récit inégal mais dont on a bien du mal à s’en détacher, pris presque malgré soi malgré les manques évidents et les emprunts multiples aux genres dits populaires.

 

Prendre une petite pause avant d’entamer le second tome ne sera donc pas superflu même si le récit me trotte dans la tête avec l’envie de connaitre la suite des aventures des sept pèlerins à la recherche du Gritche dans les tombeaux du temps.

 

Un fait certain : c’est un malin ce Dan Simmons, tant il s’informe, se documente, étudie,  joue avec différentes figures de style et autres pastiches, tours de passe-passe et grosses ficelles sans jamais pour autant nous perdre en cours de route. Faut aussi savoir le faire.

 

Hypérion a reçu :

Prix Hugo du meilleur roman en 1990.

Prix Locus du meilleur roman de science-fiction en 1990.

Prix Cosmos 2000 du meilleur roman de science-fiction en 1992.

Prix Seiun du meilleur roman en langue étrangère en 1995.

Prix Tähtivaeltaja pour la traduction finnoise du roman en 1998.

 

 

Hypérion de Dan Simmons, Editions Robert Laffont, Collection Ailleurs et demain, 488 pages.

Par Sentinelle - Publié dans : SF, Fantasy, Gothique et Fantastique
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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 11:52

9782021022513.jpgQuatrième de couverture

 

Platon, le mythe de la caverne. Des prisonniers qui ne verront jamais de la réalité que des ombres d'humains projetées sur la paroi de la grotte où ils sont enchaînés. Dans le souterrain les enfants n’ont vu de l’extérieur que les images tombées du ciel qui leur parvenaient par le câble de l’antenne.

 

Le mythe a traversé vingt-quatre siècles avant de s’incarner dans cette petite ville d’Autriche avec la complicité d’un ingénieur en béton et celle involontaire de l’Écossais John Baird qui inventa le premier téléviseur en 1926.

R.J.

 

Trouver le monstre qui sommeille en chacun de nous, tel pourrait être le sous-titre de ce roman.

 

L’auteur le dévoile d’emblée dans le prologue : il s'agit "d'une oeuvre de fiction". Sauf que le roman prend la forme d’une véritable enquête sur un de plus sinistres faits divers contemporains. Difficile de coup de discerner le vrai du faux, difficile aussi de ne pas avoir l’impression de se retrouver dans une position de voyeurisme malsain. D’autant plus que tout le monde y prend pour son grade : si le père Fritzl, véritable ogre digne de nos contes d’enfants mais en même temps affreusement ordinaire, plane largement au-dessus de la mêlée, personne n’en sort pour autant vraiment indemne. Cela va de la femme de l’ogre qui ne pouvait ne pas savoir, de la mère de l’ogre qui n’était pas aimante, du voisinage qui ne pouvait ne pas entendre, des autrichiens qui ne savaient que faire de cette histoire, de la fille qui … hmmm enfin soit, c’est du LOURD.  Et mon petit cou gracile n’a pas supporté bien longtemps le poids de plus en plus pesant que formaient ces petites lettres dans mon imaginaire.

 

Trop étouffant, trop ténébreux, trop pénible pour moi, je n’ai pas pu aller au-delà de la moitié du livre. Dont acte.

Par Sentinelle - Publié dans : Littérature francophone
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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 16:08

at111.jpgQuatrième de couverture

 

N'est-ce pas étrange qu'un monde entier s'adonne ainsi au tissage de tapis en cheveux ? L'objet en est, dit-on, d'orner le Palais des Etoiles, la demeure de l'Empereur. Mais qu'en est-il de l'Empereur lui-même ? N'entend-on pas qu'il aurait abdiqué ? qu'il serait mort, abattu par des rebelles ?

Comment cela serait-il possible ? Le soleil brillerait-il sans lui ? Les étoiles luiraient-elles encore au firmament ?

L'Empereur, les rebelles, des milliards de tapis de cheveux ; il est long le chemin qui mène à la vérité, de la cité de Yahannochia au Palais des Etoiles, et jusqu'au Palais des Larmes sur un monde oublié...

 

Né en 1959, Andreas Eschbach est la figure de proue de la science-fiction allemande. Voici son premier livre traduit.

 

 

Roman polyphonique découpé par chapitre, la trame du récit se forme progressivement en passant du point de vue d’un personnage à celui d’un autre sans pour autant nuire à la fluidité du récit. Une lecture très agréable qui sous son air de simplicité apparente n’embrasse pas moins de nombreux thèmes. Sans oublier une chute à laquelle on ne s’attendait pas mais qui est superbement amenée, par petites touches du dernier tiers du roman jusqu’au final sans appel.

 

Un roman que je conseille aux amateurs de SF mais pas seulement, tant ce récit prend également sous de nombreux aspects des allures de contes, lui permettant aisément d’élargir son lectorat de base : pas d’effets de manche ni de tape-à-l’œil fracassant qu’on peut parfois reprocher à certains auteurs du genre, mais une certaine sobriété et une élégance de ton au service d’une histoire maîtrisée de bout en bout.

 

Une très bonne surprise donc, et un auteur que je vais continuer à suivre.

 

Nœud après nœud, jour après jour, une vie durant, les mains de l'exécutant répétaient sans cesse les mêmes gestes, nouant et renouant sans cesse les fins cheveux, des cheveux si fins et si ténus que ses doigts finissaient immanquablement par trembler et ses yeux par faiblir de s'être si intensément concentrés - et pourtant, l'avancée de l'ouvrage était à peine perceptible ; une bonne journée de travail avait comme maigre fruit un nouveau fragment de tapis dont la taille approximative n'excédait pas celle d'un ongle. Mais, malgré tout, l'homme se tenait là, accroupi, courbé au dessus du châssis de bois craquant sur lequel son père et le père de son père s'étaient penchés avant lui [...]

 

Prix obtenus :

 

- Grand Prix de l'Imaginaire, roman étranger, 2001

- Prix Bob-Morane, 2000

- Prix allemand de science-fiction, catégorie meilleur roman, 1996

 

 

Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach, Editions Atalante, Collection La dentelle du cygne, 17 septembre 1999, 314 pages

Existe également en format poche chez l'éditeur J’ai lu.

Par Sentinelle - Publié dans : SF, Fantasy, Gothique et Fantastique
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Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 20:41

LaVieAvantHomme.JPGAutopsie d’un couple en phase terminale dans les années 70.

 

Si le mariage de la sensuelle Elizabeth et du contemplatif Nate bat de l’aile depuis longtemps, ils n’ont jamais pour autant envisagé de se séparer pour le bien-être de leurs deux enfants. Chacun s’accommode des amant(e)s de l’autre jusqu’au jour où le dernier amant en date d’Elizabeth se suicide :

 

Je ne sais pas comment je devrais vivre. Je ne sais pas comment on devrait vivre. Je sais seulement comment je vis. Je vis comme un escargot privé de sa coquille.
[...]
Je veux qu'on me rende ma coquille, j'ai mis assez longtemps à la fabriquer. Tu l'as emporté, où que tu sois désormais. Tu as bien su me l'ôter. Je veux une coquille comme une robe à sequins, faite de piécettes argentées et de dollars se chevauchant comme les écailles d'une armadille. L'arme à gauche. Imperméable ; comme un ciré breton.

 

Nate en profite pour quitter sa maîtresse actuelle mais ce n’est que pour mieux tomber amoureux de Lesje, une jeune paléontologue gauche et timide. La tolérance de façade qui prévalait jusque là commence à se fissurer, et ce sont toutes les petites avanies, compromissions désavouées, petites lâchetés et manipulations douteuses qui commencent à s’engouffrer dans les brèches de plus en plus profondes d’un couple en perdition.

 

Polyphonie à trois voix (Elizabeth, Nate, Lesje), ce roman tient autant du roman psychologique que de l'étude de moeurs d’une époque. Au final, un roman mélancolique désenchanté où l’humour n’est pas absent même s’il laisse toujours une certaine amertume dans ses sillages : incompréhension, incommunicabilité, les êtres se croisent et se décroisent sans jamais vraiment se rencontrer.

 

Aucun gagnant mais tous perdants semble nous dire Margaret Atwood, qui sait de quoi elle parle tant ce roman sent le vécu dans les déambulations et questionnements divers des trois protagonistes. Décidément le mariage est tout un art mais ne sont-ils pas leurs propres bourreaux dans cette histoire ? Et s’il fallait tout simplement essayer de se libérer de ses derniers oripeaux pour mieux aller à la rencontre de l’autre ? Encore faut-il savoir ce que l’on veut pour décider où l’on va.

 

Tout est dans la finesse du trait et Margaret Atwood n'est pas en reste dans cet exercice difficile. Un bon roman de la romancière, pas mon préféré mais pas non plus le moins bon, loin s'en faut.

 

Lesje jette des coups d’œil aux vitrines des boutiques de robes et des grands magasins, lorgnant les mannequins cadavériques qui se dressent avec arrogance, le pelvis projeté en avant, une main anguleuse posée sur la hanche et les jambes écartées avec un genou replié. Si ces corps étaient animés, ils tournoieraient, ils se trémousseraient comme dans le finale orgasmique d'une stripteaseuse. Mais comme il ne s'agit que de plâtre et de fil de fer inanimés, le bon goût est sauf.

Par Sentinelle - Publié dans : Littérature canadienne
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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 10:48

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Quatrième de couverture

 

David Selig, Juif new-yorkais d'une quarantaine d'années, se considère comme un raté. Il est pourtant télépathe et pourrait profiter de ce don pour faire fortune, conquérir - et garder ! - les plus belles femmes... Mais non, rien à faire, il estime être un monstre tout juste bon à faire le nègre sur des devoirs d'étudiants, incapable de réussir sa vie. La dernière preuve en date : ce talent qu'il déteste tant, mais qui est finalement son seul lien avec le reste de l'humanité, est en train de le quitter ! Apeuré à l'idée de se retrouver seul avec lui même, Selig nous conte sa misérable existence. Grand roman psychologique, plein d'humour et de mélancolie, L'oreille interne est peut-être le plus beau livre de Robert Silverberg et à coup sûr un chef-d'œuvre de la science-fiction.

 

Je suis passée à côté de L’oreille interne alors qu’il a en général très bonne presse et même considéré comme un des romans incontournables de Robert Silverberg. Comme je n’ai pas lu d’autres romans de cet auteur, je ne sais pas trop si Robert Silverberg n’est tout simplement pas un auteur pour moi (je compte lire prochainement L’homme dans le labyrinthe pour m’en faire une meilleure idée) ou si cela tient principalement du fait que j’ai trouvé le personnage principal agaçant au possible : toujours à se plaindre et à larmoyer sur son sort, un coup je suis télépathe et ça me déprime, un coup je ne le suis plus et ça me déprime tout autant, bref le genre de gars qui se complait dans un dénigrement perpétuel de lui-même et qui a le don de m’agacer plus qu’autre chose. Mais rien à redire côté écriture, qui tient plus que la route :

 

Je suis au point mort. Encalminé, statique, à l’ancre. Ou plutôt non, c’est un mensonge, ou bien si ce n’est pas un mensonge, il s’agit tout au moins d’une inexactitude bénigne, d’un groupe de métaphores erronées. Je reflue. Je reflue tout le temps. Ma marée est en train de baisser. Je me retrouve nu, vaseux, recouvert de mousses et d’algues brunes encore dégoulinantes et tendues vers le flot qui se retire. Des crabillons me parcourent en tous sens. Oui, je reflue, c’est-à-dire que je baisse, que je décline.

 

Le sujet principal pose la question sur la place qu’occupe une faculté dans l’existence d’un individu, sur la mauvaise utilisation de cette faculté mais aussi la dépendance et l’angoisse de la perte : qui suis-je sans ce pouvoir qui m’a été donné ? Le questionnement et le doute quant au talent, au « don » d’écriture pour Robert Silverberg, au « don » de télépathie pour David Selig ? On ne peut effectivement pas s’empêcher de penser que l’auteur ait mis beaucoup de lui-même dans son roman, y compris ses doutes existentiels quant à son talent d'écrivain.

 

Mais pourquoi David Selig tient-il à retrouver un pouvoir ? Pourquoi ne pas le laisser s’éteindre ? Il a toujours été une malédiction pour lui. Il l’a coupé de ses semblables, il l’a voué à une vie sans amour, laisse tomber, Duv. Laisse-le partir. Laisse-le te quitter. Mais d’un autre côté, sans ton pouvoir, qu’est-ce que tu es ? Sans cet unique, sans ce faible, sans ce périssable, sans cet inconsistant moyen de contact avec eux, comment pourras-tu les atteindre ? Ton pouvoir te relie à l’humanité, pour le meilleur et pour le pire, et c’est la seule attache que tu aies. Avoue-le. Tu ne peux pas te permettre de le laisser filer. Tu l’aimes et tu le méprises en même temps, ce don que tu possèdes. Tu as peur de le perdre, malgré tout le mal qu’il t’a causé. Tu es prêt à te battre pour te raccrocher à ses derniers lambeaux, même si tu sais d’avance que le combat est perdu. Lutte donc. Relis Huxley. Essaie l’acide, si tu l’oses. Essaie la flagellation. Essaie au moins le jeûne. Je renonce au chow mein. Je renonce au rouleau de printemps. Glissons une nouvelle feuille dans la machine et attaquons-nous à Ulysse en tant que symbole de la société.

 

Reste ses petites dissertations littéraires et scientifiques qui émaillent ici et là le récit et qui sont peut-être les seuls moments où le personnage s'exprime vraiment, où il y a enfin de la vie, de la passion, de l’implication.

 

Je pense que ma lecture aurait été tout autre si le personnage ne s’était pas autant auto-apitoyé sur lui-même.  Cet anti-héros ne suscitant aucune sympathie de ma part, j’ai lu ce roman avec un certain désintérêt et détachement au point où j’ai longtemps hésité à l’abandonner à son triste sort. Finalement je l’ai terminé sans trop bien savoir si j’avais bien fait de prendre sur moi tant tout me semblait insipide du début à la fin. Quand je vous disais que j’étais passée à côté.

Par Sentinelle - Publié dans : SF, Fantasy, Gothique et Fantastique
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Lundi 9 avril 2012 1 09 /04 /Avr /2012 10:21

MISERICORDE.jpgQuatrième de couverture

 

Pourquoi Merete Lyyngaard croupit-elle dans une cage depuis des années ? Pour quelle raison ses bourreaux d’acharnent-ils sur la jeune femme ? Cinq ans auparavant, la soudaine disparition de celle qui incarnait l’avenir politique du Danemark avait fait couler beaucoup d’encre. Mais, faute d’indices, la police avait classé l’affaire. Jusqu’à l’intervention des improbables Carl Morck et Hafez el Assad du Département V, un flic sur la touche et son assistant d’origine syrienne. Pour eux, pas de cold case …

 

Cette première enquête de l’inspecteur Morck, couronné par les prix scandinaves les plus prestigieux, signe le début d’une série best-seller qui compte déjà quatre tomes au Danemark.

 

Faut-il pour autant crier au génie ? Heu non, faut pas pousser tout de même. Mais si vous aspirez à une lecture détente, ce livre est fait pour vous : personnages attachants, suspens, humour, reprise d’une affaire classée comme je les aime, tous les ingrédients se sont donnés rendez-vous pour vous faire passer une agréable lecture addictive sans prise de tête.

 

En un mot, un thriller efficace qui rencontrera un large public.

 

Au plaisir de lire les prochaines aventures des improbables Carl Morck et Hafez el Assad du Département V !

Par Sentinelle - Publié dans : Mauvais genres
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Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 11:37

LuneDeLoups.jpgQuatrième de couverture

 

Quatre jeunes gens traqués par la haine fratricide tâchent de survivre dans la montagne, cachés dans les cavernes et les bois. La guerre civile passe au fond de ce récit avec sa cohorte de détresse, de violence et de mort. Mais au fond seulement. L’histoire de ces hommes, de ces animaux nocturnes et solitaires, est plutôt celle d’un mauvais rêve, celle d’un voyage intérieur vers les sources mêmes du lyrisme et de la transfiguration poétique du réel. Loin de nous enfermer dans la nuit sans issue d’un maquis condamné, le récit ouvre sur un autre monde, moins visible et plus incarné à la fois, plus élémentaire et plus dense.

 

Hommage à ces hommes de l’ombre refusant de se rendre aux franquistes en se cachant pendant des années dans les montagnes, ce premier roman est de toutes les fébrilités : de la détermination jusqu’au boutisme dans l’âpreté et la privation à la chasse à l’homme et aux jeux de cache-cache, « Lune de loups » de Julio Llamazares tire sans cesse sur le fil ténu de la déraison et de la perdition.

 

Roman sur la fuite, l'abandon, la solitude et la peur, roman sur le temps qui passe et la mémoire des hommes, roman sur la mort qui ne cesse de guetter ses proies, il est aussi avant tout porté par une belle écriture poétique, sombre et dense à la fois.

 

Un auteur à suivre de près !

 

Extrait :

 

À midi, la pluie qui s’est calmée, la boue qui a envahi la rivière et les chemins, les aboiements des chiens et les cloches de La Llánava, entrent me chercher jusqu’au fond de la grotte, jusqu’au coin glacial où, des heures durant, j’ai essayé en vain d’oublier le glapissement de ce chien qui se nourrit de sang à l’intérieur de mon cœur.

Devant la porte de ma maison, sous les parapluies, les gens attendent la dernière sortie de mon père. Ils sont comme des ombres noires, gommées par la pluie et la distance à travers les jumelles. Des ombres lointaines, sûrement en train de commenter à voix basse ce que tout le village doit déjà savoir : que moi, hier au soir, je suis allé là-bas. Que moi, hier au soir, pendant qu’ils dormaient, tandis que le vent frappait sur leurs carreaux et que les chiens hurlaient dans leurs étables, pressentant l’arrivée de la mort, j’ai abandonné ma cachette dans les entrailles de la forêt, j’ai traversé les cercles concentriques de la nuit et de l’oubli, et, subitement, je me suis présenté dans ma maison afin de dire un dernier adieu à cet homme qui en sort à présent, sur les épaules de ses voisins, pour n’y jamais revenir.

 

Lune de loups - Julio Llamazares - Traduit de l’espagnol par Raphaël Carrasco et Claire Decaëns - Editions Verdier, 2009 pour l’édition de poche.

Par Sentinelle - Publié dans : Littérature de l'Amérique latine et Espagne
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 10:19

Petite visite à Prague au mois de janvier.  N'hésitez pas à profiter des photos de l'album (cliquez sur la photo pour y accéder)  !

 

Pont Charles

Par Sentinelle - Publié dans : De tout et de rien
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 09:50

Par Sentinelle - Publié dans : Musique
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