Jeudi 19 novembre 2009

Quatrième de couverture

Quand en juillet 1936 le peintre Jordan Groves rencontre pour la première fois Vanessa Cole, lors d'une soirée donnée par le célèbre neurochirurgien new-yorkais dont elle est la fille adoptive, dans son luxueux chalet construit dans "la Réserve", en bordure d'un lac des Adirondacks, il ignore qu'il vient de franchir, sans espoir de retour, la ligne qui sépare les séductions de la comédie sociale et les ténèbres d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur. Très loin de là, en Europe, l'Histoire est en train de prendre un tour qui va bientôt mettre en péril l'équilibre du monde. Déjà, certains intellectuels et des écrivains, tels Ernest Hemingway ou John Dos Passos, un ami de Jordan Groves, ont rejoint l'Espagne de la guerre civile afin de combattre aux côtés des républicains. Si attaché qu'il soit à sa femme et à ses deux jeunes garçons, ou aux impératifs d'une carrière artistique déjà brillamment entamée, Jordan ne peut longtemps se soustraire à l'irrésistible attraction qu'exerce sur lui la sulfureuse Vanessa Cole, personnalité troublante et troublée, prétendument victime, dans son enfance, d'agissements pervers de la part de ses insoupçonnables parents. Au sein du cadre majestueux et sauvage d'une nature préservée pour le seul bénéfice de quelques notables de la société new-yorkaise, les feux d'artifice célébrant la fête de l'Indépendance ont éclaté dans le même ciel que traverse, de l'Allemagne à l'Amérique, le zeppelin Hindenburg bardé de croix gammées et d'où s'abattront aussi les bombes qui vont détruire Guernica... Sur les rives du lac, Jordan Groves et Vanessa Cole s'approchent l'un de l'autre, l'avenir du premier déjà confisqué par le passé de la seconde, pour explorer leurs nuits personnelles dont l'ombre s'étend sur chacun de ceux qui les côtoient.


Le choix géographique de ce récit que sont les Adirondacks joue un rôle central dans ce roman : non seulement Russell Banks connaît très bien cette région (il y vit depuis plus de vingt ans) mais il arrive à transformer cet immense espace naturel américain à la nature préservée et retirée du monde en un huit clos étouffant dans lequel se jouera le drame. Autant vous le dire tout de suite, les Adirondacks constituent la bonne surprise de ce roman car malheureusement l’auteur tombe dans pas mal de chausse-trappes pour le reste …

L’histoire quant à elle se déroule fin des années 1930, époque de la montée du fascisme en Europe et du début de la guerre républicaine en Espagne, alors que l’Amérique des nantis profitent dans l’insouciance et l’opulence des joies de la vie. Car s’ils ont miraculeusement échappé aux affres de la grande dépression, il n’en sera pas de même pour une grande majorité de la population, obligés dorénavant de vivre à leurs crochets en tant qu’employés ou subalternes. Ce contexte historique permet à l’auteur d’alterner les chapitres, ceux consacrés aux événements qui se dérouleront dans les Adirondacks et ceux se passant en Europe, quelques mois plus tard. J’ai trouvé cette alternance de chapitres assez superficielle et inutile : si les chapitres « américains » sont bien développés, les chapitres « européens » sont tellement pauvres et inconsistants qu’ils n’apportent rien, si ce n’est dévoiler en quelques mots ce qu’adviendront les personnages principaux.

Car contrairement à ce que nous avait habitué Russell Banks auparavant, il s’intéresse cette fois-ci moins au contexte historique et politique qu’à l’évolution de ses personnages. Reste l’analyse des classes sociales d’une société ou d’un microcosme, toujours très présente dans ses oeuvres.

Parmi les personnages principaux, il y a notamment Jordan Groves, un artiste de gauche marié et père de deux enfants, issu d’une famille modeste et aujourd’hui célèbre et fortuné, aventurier à ses heures et homme aux multiples conquêtes féminines. Cet homme est intéressant dans la mesure où il vit sans cesse dans la contradiction : pétri de sympathies politiques socialistes, il enrage de devoir sa notoriété et son confort de vie à ses clients fortunés, rendant leurs relations souvent conflictuelles et des plus ambiguës, ce qui ne l’empêche pas de tomber sous le charme vénéneux de la riche héritière new-yorkaise Vanessa Cole, fille d’un de ses riches clients et femme à scandales qui fait les gros titres des tabloïd américain de par ses frasques et ses divorces multiples. Il y a aussi d’autres personnages, dont la très belle Alicia, femme délaissée de Jordan Groves qui prendra pour amant un guide de la réserve. Notez que Vanessa Cole m’a fait énormément penser à Zelda Fitzgerald, et on peut se demander dans quelle mesure l’auteur ne s’est pas inspiré de « Gatsby le magnifique » de Francis Scott Fitzgerald dans la description des personnages et le gouffre des différences sociales inconciliables, les contraires s’attirant mais ne se rencontrant jamais réellement.

Enfin bref, on sent bien que cette histoire finira mal et conduira au drame, mais Russell Banks crée quand même la surprise en empruntant plusieurs chemins tortueux (et parfois peu crédibles) pour nous y mener. Malheureusement, on ne s’attache pas du tout aux personnages, aux postures souvent trop appuyées et empruntées, nous laissant au final assez indifférents quant à leur devenir.

Cela n’en fait pas pour autant un mauvais roman, disons simplement que « La réserve » est une œuvre mineure d’un des plus grands auteurs contemporains américains, ce qui est tout de même gage d’une certaine qualité. Mais si vous ne devez lire qu’un seul roman de cet auteur, lisez plutôt l’excellentissime « American Darling », un de mes plus grands coups de cœur de ces dernières années.

D'autres avis sur Blog-O-Book.

La réserve de Russell Banks, traduit de l’américain par Pierre Furlan, Editions Actes Sud, Collection Lettres anglo-américaines, 02/2008, 379 pages




Dans ma PAL depuis la foire du livre de Bruxelles 2008, où j’ai fait ma groupie en demandant à Russell Banks de me dédicacer son dernier roman


Du même auteur, sur ce blog :


  
Par Sentinelle - Publié dans : Littérature américaine
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Mercredi 18 novembre 2009


Un magazine pour changer !
Le point Hors-Série de ce mois de novembre est consacré à Freud : Le maître du Moi, Le récit de sa vie, Ses concepts clés, La psychanalyse aujourd'hui









Vous pouvez même le feuilleter ici :-)
Par Sentinelle - Publié dans : Coup de projecteur
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Lundi 16 novembre 2009

Quatrième de couverture

Oscar Nexus a tué trois personnes dans la rue, puis il s'est endormi sur les cadavres. Nexus est un marginal auquel son emploi de veilleur de nuit n'a donné qu'un ancrage très fragile dans la réalité. Interné dans une clinique, il est pris en charge par Joachim Traumfreund, un médecin atypique et brillant qui a participé dans sa jeunesse aux mouvements de réforme de la psychiatrie. C'est à lui et à Paulus Rilviero, un officier de police, qu'on confie le soin de tirer au clair les mobiles de Nexus et de déterminer s'il est responsable de ses actes. Afin de se consacrer à ce cas intriguant, Traumfreund transfère le criminel dans une annexe de la clinique, un bâtiment situé dans un coin de montagne que l'hiver isole peu à peu. Une fois sur place, nos deux enquêteurs découvrent que Nexus est un dormeur pathologique qui reprend nuit après nuit le fil du même Grand Rêve. Pour comprendre son crime, Traumfreund et Rilviero vont devoir s'immerger dans cet univers onirique où Nexus mène une véritable vie parallèle. Captivés par les récits du meurtrier, ils sont parfois rattrapés par le doute : comment être sûrs qu'ils n'ont pas affaire à un fabulateur ? A partir de ce fait divers, Les Veilleurs nous entraîne dans une exploration passionnante des territoires de la folie et du sommeil. Reprenant certains codes des grands thrillers hollywoodiens, l'auteur compose une fresque sur la place de l'imaginaire dans la société moderne, plus rationaliste qu'aucune autre, mais aussi fascinée par les mondes virtuels et les faces nocturnes de la réalité.



Comment ne pas être appâté par un tel résumé ? Premier roman très remarqué d’un jeune auteur, qualifié de révélation de la rentrée littéraire 2009 par certaines critiques, « Les veilleurs » ne pouvait que susciter ma curiosité : qu’en était-il de ce roman décrit comme extraordinaire par certains et décevant par d’autres ? Où allais-je me situer sur l’échelle de satisfaction après lecture ? Force est de constater que je me situe à mi-chemin entre les deux extrêmes : si je ne crie pas au génie ni au roman sensationnel, je ne le trouve pas insignifiant ou ordinaire pour autant.

D’abord ce roman est ambitieux, très ou trop peut-être ? Mélangeant allégrement les genres (fiction politico-sociale et psycho-philosophique, polar, science-fiction, thriller), il prend le risque de décourager le lecteur qui peut se perdre dans les méandres du récit, se trouvant emmêlé dans un fatras de questions philosophiques, environnementales, sociétales et relationnelles qui peuvent l’excéder ou du moins l’éloigner de la trame au fur et à mesure de son avancement. Ajoutez à cela certains passages au style un peu lourd et alambiqué et certaines longueurs (on a parfois l’impression de faire du surplace) et vous comprendrez aisément pourquoi certains lecteurs se lassent de l’histoire et finissent même par s’y ennuyer.

Je suis moi-même passée par ces différentes phases si ce n’est que l’intrigue est bien fichue et tient en haleine jusqu’au bout : Nexus est-il un manipulateur de génie, un usurpateur, un fabulateur ou un témoin, une sorte d’homme passerelle entre deux mondes ? Le monde onirique qu’il décrit existe-t-il vraiment ? Peut-il passer d’un monde à l’autre en passant par le sommeil et le rêve ? Cette question nous vrille et nous taraude tout au long du récit, nous poussant à tourner les pages pour connaître la suite du récit, guettant un indice, une phrase, une anecdote pouvant nous mettre sur la voie de la vérité.

Il y a également de très bonnes trouvailles dans cette histoire, dont celle du Bateau-Pierre, œuvre architecturale aux pièces changeantes et mouvantes d’un ingénieur délirant - ancien patient du clinicien Joachim Traumfreund qui la lui transmet en remerciement de ses soins - une immense maison perdue et totalement isolée dans les montagnes et dans laquelle vont se retrouver les protagonistes.

Au final, un premier roman touffu, ambitieux, qui ne fait pas dans la facilité mais qui se perd quelquefois, ne manquant certes pas de qualités sans pour autant être dénué de certains défauts. Un premier roman qui n’a peut-être pas soulevé chez moi une adhésion sans réserve mais qui m’a intriguée et fait passer un bon moment de lecture. L’auteur est jeune et cela se sent. Mais il a sans conteste du talent, et je suis bien curieuse de découvrir la suite de son œuvre lorsqu’il gagnera en maturité (l’auteur n’a que 26 ans après tout) et en simplicité, dans le bon sens du terme.

Extrait [p.22] :


« Plusieurs personnes intelligentes affirment que l’homme n’est pas une chose en soi mais une histoire qu’il se raconte à lui-même. On pourrait de la sorte construire sa vie par la parole. Je n’ai aucun moyen de savoir si cette proclématie est vraie. Si je décide de l’admettre, ça me laisse de la marge : je suis un homme capable de parler longtemps, de mettre sur pied des dizaines d’histoires minuscules ou de leur servir le Grand Récit. Je ferai de Nexus ce que je souhaite, jamais ce qu’ils attendent de moi. Avouons : je m’y suis pris très en avance. J’ai déjà commencé. »

Merci aux éditions Le Seuil et à l’opération « Masse critique » de Babelio pour m’avoir permis de découvrir ce premier roman prometteur.



D’autres avis sur Blog-O-Book.

Les veilleurs de Vincent Message, Edition Le Seuil, Collection Cadre rouge, ISBN 202099707X, 08/2009, 630 pages.


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Samedi 14 novembre 2009
J’ai été taguée par Bookomaton : 7 choses qui rythment mon automne.

Allez, on y va !


* Le sport : le sport et moi, cela a toujours été ‘à la folie’ ou ‘pas du tout’.

Et pour le moment, c’est ma période ‘à la folie’ : BodySculpt, Stretching, Aqua-Gym, Abdo Bottom Strech, Hatha Yoga et Zumba. Pour ceux ou celles qui ne connaissant pas encore le Zumba, sachez qu’il s’agit d’un programme de fitness basé sur les danses latino-américaines (Salsa, Samba, Meringue etc). C’est vraiment très sympa, ça vide la tête et on transpire un max :)




* Les noix : miammiammiammiammiam




* La côte d’Opale : séjour entre 4 jours et une semaine tous les ans, que ce soit au Cap Blanc Nez et Gris Nez, au Touquet, à la Baie de Somme… on adore.



* La lampe de luminothérapie : je l’utilise depuis le passage à l’heure d’hiver. Vu le climat belge et le peu de clarté disponible sur la journée en cette saison, cette lampe m’est devenue indispensable…



* Le simulateur Aube Eveil Lumière : seule façon de me réveiller les matins sombres sans trop de souffrances.



* Ma tapisserie : entamée depuis 1995 (oui oui, vous avez bien lu), je dois apporter la dernière touche et pas des moindres : la couture. Je viens de m’y remettre depuis mon interruption datant du début de l’été (mais je ne compte plus le nombre de mes interruptions depuis 1995). Pour votre info, je me suis inspirée d'un tapis de prière tibétain.



* Me promener dans les bois et les parcs : j’adore les couleurs d’automne



Bon, à qui le tour ?

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Vendredi 13 novembre 2009


Geishanelli lance un nouveau défi : le défi Science-Fiction 2010 ! Le principe est simple : lire trois livres de SF au cours de l'année 2010, deux catégories de challengers étant possibles : le défi SF simple ou le défi crazy SF. Ne sachant pas trop bien à quels sous-genres appartiennent mes trois romans sélectionnés, je vais donc m'inscrire sagement au défi simple.




Mes choix sont :

1) Le monde inverti de Christopher Priest
2) Les détecteurs de pensée de Margery Allingham
3) Le Syndrome du scaphandrier de Serge Brussolo

Les deux premiers romans sont déjà dans ma PAL (autant combiner ce challenge à l'objectif PAL). Quant à mon troisième choix, j'ai opté pour un roman SF de Serge Brussolo. A force de lire des billets élogieux sur le site de Fantasio, je ne pouvais que me laisser tenter par cet auteur ;-)
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Mercredi 11 novembre 2009

Nouveau coup de projecteur sur le Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles de Trinh Xuan Thuan. Né à Hanoï au Vietnam et étudiant au California Institute of Technology et à l’université de Princeton où il a obtenu un doctorat en astrophysique, il enseigne cette matière à l’université de Virginie. Il est aussi l’auteur de nombreux livres et best-sellers dont La Mélodie secrète et Les Voies de la lumière.



Présentation de l’éditeur :

Depuis la nuit des temps, les hommes scrutent le ciel, l'interrogent, le poétisent et le dramatisent. Tout dans l'univers change, bouge, et a une histoire. L'univers a un début, il a un présent et il aura un futur. Les étoiles sont impermanentes, elles naissent, vivent leur vie et meurent. Pas à l'échelle du temps d'une vie humaine de cent ans mais sur des millions, voire des milliards d'années. Comment l'infiniment petit a-t-il accouché de l'infiniment grand ? Comment l'univers tout entier avec ses centaines de milliards de galaxies a-t-il jailli d'un vide microscopique ? Comment le soleil et la lune sont-ils apparus ? Nous sommes tous des poussières d'étoiles, nous sommes donc les enfants du temps.

Extrait :

« La théorie de la relativité d’Einstein nous dit que plus on va vite et plus le temps ralentit, jusqu’à s’immobiliser complètement quand la vitesse de la lumière est atteinte. Ainsi, pour la lumière, le temps est figé. Il ne passe plus. Seule la lumière a trouvé le secret de la fontaine de Jouvence : elle seule ne vieillit jamais, car elle seule voyage à travers l’espace à la vitesse de 300 000 kilomètres par seconde. On peut dire que le temps n’existe plus pour la lumière. »

La revue de presse Françoise Monier - Lire, septembre 2009

Qui ne serait pas amoureux du ciel et des étoiles ? Il suffit de lever les yeux vers ce plafond constellé de points lumineux pour en ressentir la beauté et s'interroger sur ce qui se cache au-delà de l'horizon. L'astrophysicien Trinh Xuan Thuan a excellemment réussi cet exercice de haute voltige que constitue la formule du «dictionnaire amoureux». Décliner toutes les facettes d'un sujet en donnant envie d'aller toujours plus loin. Mêler la science à la littérature et à la réflexion, tout en faisant comprendre les concepts les plus ardus de la physique et des mathématiques actuelles !...
Enfin, TXT aborde les débats sur les rapports entre la science, la spiritualité et les religions. Un domaine périlleux, loin de la science dite «dure». Pour lui, qui ne s'est jamais caché d'être bouddhiste, la science ne peut pas tout dire. «Il faut une autre fenêtre pour contempler le monde.»

Présentation, autres extraits, avant-propos et Table des Matières ici.



Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles de Trinh Xuan Thuan, Edition Plon, ISBN 2259201113, 08/2009, 1076 pages
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Lundi 2 novembre 2009
Quatrième de couverture

Eléazard von Wogau, héros inquiet de cette incroyable forêt d'histoires, est correspondant de presse au fin fond du Nordeste brésilien. On lui laisse un jour un fascinant manuscrit, biographie inédite d'un célèbre jésuite de l'époque baroque. Commence alors une enquête à travers les savoirs et les fables qui n'est pas sans incidences sur sa vie privée. Comme si l'extraordinaire plongée dans l'univers d'Athanase Kircher se répercutait à travers les aventures croisées d'autres personnages, tels Elaine, archéologue en mission improbable dans la jungle de Mato grosso, Moéma, étudiante à la dérive, ou bien Nelson, jeune gamin infirme des favelas de Pirambu qui hume le plomb fondu de la vengeance.

Nous sommes au Brésil, dans le pays des démesures. Nous somme aussi dans la terra icognita d'un roman monstre. On songe au réalisme magique des Borges et Cortazar, à Italo Calvino ou Umberto Eco, ou encore Potocki et son Manuscrit trouvé à Saragosse, sans jamais épuiser la réjouissante singularité de ce roman palimpseste qui joue à merveille des mises en abyme et des vertiges spéculaires.


J’ai lu ce gros pavé - près de 800 pages - comme un roman feuilletonesque, reprenant chaque jour ma lecture en lisant un chapitre ou deux, contente de retrouver tous ces personnages et de poursuivre mon voyage dans le temps - à la lecture du manuscrit inédit trouvé à la Bibliothèque nationale de Palerme, datant du XVIIe siècle et portant sur le très célèbre (à son époque du moins) Athanase Kircher, mais également dans l’espace - le Nordeste brésilien contemporain occupant la place centrale de ce récit dantesque (surtout dans sa dernière partie) et picaresque à la fois.

Ce roman est très difficile à résumer de par sa richesse, sa complexité, son foisonnement et son érudition : roman d’aventure mais aussi psychologique, philosophique, historique, politique, il y en a pour tous les goûts ! Sachez néanmoins que nous suivons la destinée de plusieurs personnages plus ou moins entremêlés et que l’auteur ne se prive pas de faire quelques parallèles entre l’époque baroque et la société contemporaine, que ce soit au niveau des croyances, des rites, des prises de drogues hallucinogènes, de la quête des origines et de la vérité, de la recherche d’un savoir et d’un idéal souvent trompeur et finalement assez décevant. Sachez également que ce roman sombre petit à petit dans une certaine noirceur et un pessimisme certain, pouvant désarçonner et troubler quelque peu le lecteur…

Un regret tout de même : j’aurai aimé mieux connaître les personnages, qui manquaient parfois un peu d’épaisseur et d’espace pour se mouvoir et se développer comme ils l’auraient mérité. Cela peut sembler paradoxal vu le nombre conséquent de pages du roman mais il aurait peut-être fallu soit restreindre le nombre de personnages soit leur laisser plus d’espace pour leur permettre de se déployer pleinement, ayant eu trop souvent le sentiment de les survoler alors que j’aurai tant voulu m’attarder un peu plus à leurs côtés. Même frustration en ne sachant pas trop ce que deviendront certains personnages à la fin du récit, ayant eu l’impression de les abandonner un peu trop rapidement à mon goût.

A noter que les éditions Zulma nous offrent là un beau livre dans tous les sens du terme, ayant eu beaucoup de plaisir au toucher des pages et de la couverture. Et bien oui, je suis sensible à ce genre de détails qui apportent un plus et qui participent grandement à mon plaisir de lectrice ;-)

Et pour terminer ce billet, une petite citation piochée dans ce roman fleuve, tellement pleine de véracité et de bon sens :


« La certitude d’être dans son bon droit est toujours le signe d’une vocation secrète pour le fascisme ».In Carnets d’Eléazard, chapitre XII, p. 303

Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès, Editions Zulma, ISBN 284304457X , 08/2008, 774 pages

Prix Médicis 2008, Prix de la Fnac 2008 et Prix Jean Giono 2008.




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Samedi 31 octobre 2009
Pendant la canicule de l’été 1976, dans la campagne oxonienne, une jeune femme rend visite à sa mère, dont les propos la désarçonnent. Que penser en effet quand votre mère si anglaise, si digne, vous annonce tout de go qu’elle n’est pas Sally Gilmartin mais Eva Delectorskaya, une émigrée russe et une ex-espionne de haut vol ? Et pourtant Ruth Gilmartin doit s’y résoudre : tout est vrai. Depuis trente et quelques années, pour tenter de retrouver la sécurité, voire sauver sa peau, Sally-Eva a échafaudé avec soin le plus vraisemblable des mensonges. Au fil de la lecture du mémoire que lui remet sa mère, Ruth voit sa vie basculer. À qui se fier ? À personne justement, comme le voulait la règle numéro un du séduisant et mystérieux Lucas Romer qui a recruté Eva en 1939 pour les services secrets britanniques. Mais Ruth comprend. Si Eva se découvre maintenant, c’est qu’elle a besoin de l’aide de sa fille pour accomplir sa dernière mission : régler une fois pour toutes son compte à un passé qui, du Nouveau-Mexique à un petit village de l’Oxfordshire, s’acharne à vouloir rattraper une vie, déjà depuis longtemps, habitée par la peur.

Les nombreux billets parus sur ce roman m’avaient donné envie de le lire, et grand bien m’en a fait. Quel bon roman d’espionnage que voilà : suspense, portraits intimistes, rythme bien mené, finesse et ton juste, faits historiques admirablement romancés, écriture fluide, un roman qu’on ne lâche plus dès les premières lignes et qui procure un très agréable moment de lecture, idéal pour se détendre sans être dénué d’intérêt dans la mesure où je ne connaissais pas les faits historiques évoqués (à savoir les manipulations diverses de l’opinion publique américaine par les services secrets britanniques – la BSC - dans les années 39-41 afin d’amener les Etats-Unis à rejoindre l’Angleterre dans le conflit européen en vue d’écourter la guerre et d’accélérer la victoire contre l’Allemagne nazie).

Autant j’avais été déçue à la lecture de son recueil de nouvelles paru en 2005 « La femme sur la plage avec un chien » (constituant de ce fait une très mauvaise entrée en matière dans l’œuvre de Boyd), autant je vous conseille « La vie aux aguets » du même auteur. Je suis donc plus que partante pour lire d’autres histoires de William Boyd mais vu qu’il semble capable du meilleur comme du pire, n’hésitez surtout pas à me conseiller l’un ou l’autre de ses romans que vous avez particulièrement apprécié.

D’autres avis chez BOB.

La vie aux aguets de William Boyd, traduit de l’anglais par Christian Besse, Edition Seuil, Collection Cadre Vert, ISBN 2020872323, 02/2007, 332 pages
Paru en Collection Poche chez Points, ISBN 2757807102, 02/2008, 396 pages





Par Sentinelle - Publié dans : Littérature anglo-saxonne
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Lundi 26 octobre 2009

Quatrième de couverture

Quelque part dans une Amérique du Sud imaginaire, trois femmes d'une même lignée semblent promises au même destin : enfanter une fille et ne pouvoir jamais révéler le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida. Elles sont toutes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, téméraires mais sujettes aux fatalités propres à leur sexe. Parmi elles, seule Vera Candida ose penser qu'un destin, cela se brise. Elle fuit l'île de Vatapuna dès sa quinzième année et part pour Lahomeria, où elle rêve d'une vie sans passé. Un certain Itxaga, journaliste à L'Indépendant, va grandement bouleverser cet espoir. Un ton d'une vitalité inouïe, un rythme proprement effréné et une écriture enchantée. C'est ce qu'il fallait pour donner à cette fable la portée d'une histoire universelle : l'histoire des femmes avec leurs hommes, des femmes avec leurs enfants. L'histoire de l'amour en somme, déplacée dans l'univers d'un conte tropical, où Véronique Ovaldé a rassemblé tous les thèmes - et les êtres - qui lui sont chers.

Véronique Ovaldé avait déjà retenu mon attention lors de la lecture de son roman « Déloger l’animal », paru en 2005. Un sujet original à l’atmosphère étrange, mélancolique et onirique, le tout porté par une plume poétique et une auteure que j’allais suivre sans aucun doute. Et puis j’ai lu « Et mon cœur transparent », paru en 2008. Alors là, déception ! Je suis restée sur les quais, tellement d’ailleurs que je me souviens à peine de cette lecture, qui n’a décidément pas laissé beaucoup de traces dans ma mémoire. J’avoue ma lâcheté : je n’ai pas voulu écrire un mauvais billet sur ce roman, appréciant l’écriture de l’auteure et me disant que c’était peut-être de ma faute si j’étais passée à côté d’un roman qui a tout de même su trouver son public et qui reçu le Prix France Culture/Télérama 2008. Cette impression mitigée à la lecture de son avant dernier roman ne m’a donc pas du tout détournée de Véronique Ovaldé, et c’est avec curiosité que je me suis lancée à la lecture de son très remarqué dernier roman « Ce que je sais de Vera Candida », sélectionné pour le prix Goncourt 2009.

Autant le dire tout de suite, j’ai passé un très bon moment de lecture, ayant retrouvé avec plaisir la plume gracieuse et poétique de Véronique Ovaldé ainsi que son ton particulier où l’atmosphère mélancolique et onirique se font la part belle, avec cette touche originale de réalisme magique qui la distingue de la plupart des écrivains français contemporains. Avec ce roman sur la filiation et la transmission, la féminité et la maternité, la fragilité et la faiblesse des femmes mais aussi leur désir d’émancipation et leur rage de vivre malgré le poids du passé, Véronique Ovaldé m’a conquise définitivement !

Extrait :


« Les vies se transforment en trajectoire. Les oscillations, les hésitations, les choix contrariés, les déterminations familiales, le libre arbitre réduit comme peau de chagrin, les deux pas en avant trois pas en arrière sont tous gommés finalement pour ne laisser apparaître que le tracé d’une comète. C’est ainsi qu’Itxaga devint peu à peu ce qu’il est encore et que, de loin, on ne pouvait lui imaginer une autre vie que la sienne. »


D’autres avis sur Blog-O-Book.


Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé, Editions de l’Olivier, ISBN 287929679X, 08/2009, 292 pages


Lire aussi le billet suivant :




Par Sentinelle - Publié dans : Littérature francophone
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Lundi 26 octobre 2009
An Pierlé est une chanteuse belge, d'expression neerlandaise. Entourée par le White Velvet Band, dont fait partie Koen Gisen, cette chanson fait partie de la bo du film Eldorado du réalisateur Bouli Lanners.


Par Sentinelle - Publié dans : Musique
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